Chaque fiche de Figgipedia respecte une doctrine éditoriale stricte : toute information doit être traçable à une source, et la qualité de la preuve est explicitement déclarée. L'objectif est d'éviter les deux écueils habituels des compilations variétales — la confusion par homonymie, et l'invention pure et simple.
Pourquoi cette doctrine
Le figuier souffre d'un chaos nomenclatural sans équivalent parmi les fruitiers tempérés : plus de quatre mille appellations variétales recensées dans le monde, pour seulement quelques centaines de cultivars génétiquement distincts. Une même variété peut porter dix noms selon les régions ; un même nom peut désigner des cultivars génétiquement éloignés selon les pays. Les catalogues commerciaux, les forums d'amateurs et même certaines publications scientifiques anciennes véhiculent une part substantielle de fausses identifications.
Face à cette confusion, deux attitudes éditoriales possibles. La première, dominante dans la vulgarisation pomologique francophone : accepter tous les noms tels qu'ils arrivent, multiplier les fiches sans questionner leur cohérence. La seconde, retenue ici : établir explicitement la qualité de chaque information, refuser la publication de ce qui n'est pas étayé, et signaler clairement les zones d'incertitude résiduelle. C'est la doctrine de la pyramide.
Les cinq niveaux de la pyramide
| Niveau | Critère | Publication |
|---|---|---|
| 0 | ≥1 paper SSR/SNP ET ≥1 monographie canonique | Publiée |
| 1 | ≥1 paper SSR/SNP OU ≥1 monographie canonique | Publiée |
| 2 | ≥2 sources reconnues concordantes (Fig Boss, USDA-GRIN, INRAE, FigDatabase…), ou 1 source reconnue + ≥2 pépinières indépendantes | Publiée |
| 3 | Connue mais peu documentée — existence attestée, sous le seuil, ni SSR ni monographie | Non publiée |
| 4 | Inconnue / non documentée — existence non établie, ou contradiction / homonymie (« piège figuier ») | Non publiée |
Une preuve génétique vaut pour une accession, pas pour un nom
Le figuier souffre d'un chaos nomenclatural notoire : un même nom recouvre souvent des variétés génétiquement distinctes, et une même variété circule sous des noms multiples. Une analyse SSR/SNP confirme donc une accession précise (un plant physique référencé — DFIC #213, collection GRIN, INRAE…), jamais un nom. Une fiche ne peut revendiquer une preuve génétique que s'il existe un lien d'accession documenté, et non une simple égalité de noms. C'est ce qui sépare une encyclopédie d'un catalogue commercial.
Marqueurs épistémiques
Le niveau de la pyramide est une jauge macro : il qualifie la fiche dans son ensemble (badge affiché en tête de page). À l'échelle micro, à l'intérieur du texte, chaque affirmation vraiment débattue porte un marqueur épistémique précisant son niveau de preuve. Sur la fiche, ces marqueurs apparaissent comme de discrètes pastilles colorées (survolez-les pour le détail) — visibles mais sobres. Quatre marqueurs, alignés sur la pyramide, employés avec parcimonie (3 à 5 par fiche : un marqueur ne vaut que s'il est sélectif) :
- [ÉTABLI] — preuve forte : paper SSR/SNP ou monographie canonique
- [PROBABLE] — convergence de sources reconnues, sans preuve génétique ni monographie
- [INCERTAIN] — mention isolée ou donnée non confirmée
- [CONTROVERSÉ] — sources crédibles divergentes et irréductibles
Cette transparence ouverte sur les niveaux de preuve distingue Figgipedia des autres compilations variétales du figuier. Le lecteur sait à chaque ligne s'il lit un consensus solide ou une donnée encore à vérifier — et peut juger par lui-même du poids à accorder à chaque affirmation. C'est aussi un aveu d'humilité assumé : ce que nous ne pouvons pas prouver, nous le signalons plutôt que de le taire.
Pièges figuier — niveau 4 automatique
Certaines situations déclenchent automatiquement le niveau de douteux maximal :
- Noms purement descriptifs (« Figue Noire », « Black Fig », « Fig Verte »)
- Même nom utilisé dans des régions différentes sans confirmation génétique
- Type fonctionnel divergent (Commun vs Smyrne, par ex.)
- Nom déclaré à l'acquisition sans vérification SSR
Un exemple concret — le cas Goutte d'Or
La Goutte d'Or est l'une des variétés patrimoniales françaises les plus citées en jardinerie. Pourtant, l'analyse révèle qu'au moins quatre lignées génétiquement distinctes circulent sous ce nom selon les régions (Aquitaine, Vaucluse, vallée du Rhône, Charentes), avec des profils morphologiques et organoleptiques différents.
Une compilation naïve aurait une seule fiche « Goutte d'Or » accumulant des informations contradictoires. La doctrine Figgipedia impose, à terme, autant de fiches que de lignées documentées — chacune classée selon ses preuves SSR/SNP propres, et chacune signalant explicitement [INCERTAIN] l'attribution du nom commercial « Goutte d'Or » à cette lignée précise. Ce n'est pas un détail : c'est la différence entre un catalogue qui dit « voici ce qui se vend sous ce nom » et une encyclopédie qui dit « voici ce que la science peut confirmer ».
Évolution dans le temps
La pyramide n'est pas figée : une fiche niveau 2 (sources secondaires concordantes) peut être promue en niveau 1 dès qu'une étude SSR/SNP est publiée pour la variété. Inversement, une fiche peut être rétrogradée si une publication récente invalide une attribution antérieure. L'historique des modifications en bas de chaque fiche trace ces évolutions — une transparence rare en pomologie compilatoire.