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Ficus Ruminalis — le figuier sacré de la fondation de Rome

Fiabilité : haute

Ficus Ruminalis — le figuier sacré de la fondation de Rome

En bref. Le Ficus Ruminalis est le figuier mythique sous lequel, selon la légende fondatrice de Rome, les jumeaux Romulus et Remus auraient été allaités par la louve (Lupa Romana) après avoir été abandonnés sur le Tibre. L’arbre se dressait au pied du Palatin, près de la grotte du Lupercal, et était consacré à la déesse Rumina (protectrice de l’allaitement, ruma = mamelle en latin archaïque). Vénéré dans la Rome républicaine et impériale, il aurait été miraculeusement transplanté au Comitium (place politique romaine) par l’augure Attus Navius, sous le nouveau nom de Ficus Navia ou Arbor Ruminalis. Cité par Tite-Live, Pline l’Ancien, Ovide, Tacite comme arbre prophétique : son dessèchement était considéré comme un mauvais présage pour Rome. Dernière mention historique sous Néron en 58-59 ap. J.-C. (Tacite, Annales) — l’arbre flétrit puis reverdit miraculeusement.

1. Le mythe fondateur

[ÉTABLI] Selon la légende fondatrice de Rome, transmise par les historiens latins :

  • Les jumeaux Romulus et Remus, fils du dieu Mars et de la prêtresse Rhéa Silvia, sont abandonnés à la naissance dans un berceau flottant sur le Tibre par leur grand-oncle Amulius (usurpateur du trône d’Albe-la-Longue).
  • Le berceau échoue au pied du Palatin, sur les berges du fleuve, près de la grotte du Lupercal.
  • Une louve (lupa) recueille et allaite les jumeaux sous un figuier sacré — le Ficus Ruminalis.
  • Les jumeaux sont ensuite découverts et élevés par le berger Faustulus et sa femme Acca Larentia.
  • Devenus adultes, ils renversent Amulius, restaurent leur grand-père Numitor et fondent la ville de Rome sur le Palatin (date traditionnelle : 753 av. J.-C.).

[ÉTABLI] Le Ficus Ruminalis est ainsi indissociable du mythe d’origine de Rome — il est l’arbre nourricier de la cité éternelle.

2. Étymologie et lien à la déesse Rumina

[ÉTABLI] L’étymologie de Ruminalis est documentée par les auteurs antiques :

  • Hypothèse 1 — ruma (mamelle en latin archaïque) : le figuier serait nommé pour son rôle nourricier, en référence aux mamelles de la louve qui allaitait les jumeaux.
  • Hypothèse 2 — Rumina, déesse de l’allaitement : divinité romaine archaïque protectrice de l’allaitement maternel (humain et animal), à qui l’arbre était consacré. Les libations à Rumina se faisaient avec du lait (et non du vin, exceptionnellement pour une divinité romaine).

[ÉTABLI] Les deux hypothèses ne s’excluent pas : la racine rum- commune à ruma et à Rumina fonde un complexe sémantique de la nourriture maternelle qui structure le sens religieux de l’arbre.

3. Localisation et description

[ÉTABLI] Le Ficus Ruminalis se trouvait initialement :

  • Au pied du Palatin, sur les pentes nord-ouest faisant face au Tibre.
  • Près de la grotte du Lupercal (Lupercale), sanctuaire archaïque consacré au dieu Lupercus et à la louve fondatrice.
  • C’était un Ficus carica sauvage (figuier commun de Méditerranée, espèce native), poussant naturellement sur les berges humides du Tibre — d’où sa qualification de figuier « sauvage » dans les sources.

[PROBABLE] Une statue de la louve allaitant les jumeaux était placée au pied de l’arbre dès l’époque archaïque, d’après Tite-Live et plusieurs représentations iconographiques (la célèbre Lupa Romana étrusque ou romaine archaïque, conservée aux Musées du Capitole, a été identifiée par certains historiens comme cette statue — la datation reste débattue).

4. Transplantation miraculeuse au Comitium

[ÉTABLI] Un événement marquant rapporté par Pline l’Ancien (Naturalis Historia) :

  • Au VIᵉ siècle av. J.-C. (sous le règne de Tarquinius Priscus, ~616-579 av. J.-C.), l’augure Attus Navius aurait miraculeusement transplanté le Ficus Ruminalis du Palatin vers le Comitium (la place politique romaine, située sur le Forum Romain), faisant ainsi de l’arbre un symbole religieux et politique central.
  • L’arbre transplanté prit alors le nom de Ficus Navia (du nom de l’augure) ou de Arbor Ruminalis (« arbre de Rumina »).
  • Tacite (Annales) identifie clairement la Ficus Navia au Comitium comme Arbor Ruminalis, suggérant que le nouvel arbre avait remplacé l’original — soit symboliquement après le dépérissement de l’ancien, soit littéralement par bouturage de l’ancien arbre du Palatin.

[INCERTAIN] Le texte de Pline est textuellement problématique à cet endroit et les modernes débattent encore de l’interprétation exacte du « miracle » d’Attus Navius (transplantation littérale, marcottage rituel, ou simple coexistence de deux arbres distincts vénérés sous le même nom).

5. Présages et destinées de l’arbre

[ÉTABLI] Le Ficus Ruminalis (puis le Ficus Navia / Arbor Ruminalis du Comitium) était considéré comme arbre prophétique :

  • Dessèchement = mauvais présage pour Rome (signe d’abandon des dieux).
  • Reverdissement = bon présage (faveur divine retrouvée).
  • Plusieurs replantations rituelles sont documentées chez Pline, Tite-Live, Ovide.

[ÉTABLI] Mentions explicites dans la littérature latine :

AuteurŒuvrePériodeContenu
Tite-LiveAb Urbe ConditaI^er siècle av. J.-C.L’arbre existe encore de son vivant (sous Auguste)
OvideFastesI^er siècle av. J.-C. - I^er siècle ap. J.-C.N’observe plus que des vestigia (« traces », peut-être la souche)
Pline l’AncienNaturalis Historia (XV)I^er siècle ap. J.-C.Décrit la transplantation par Attus Navius
TaciteAnnales (XIII, 58-59)I^er-II^e siècle ap. J.-C.Dernière mention : en 58-59 ap. J.-C., sous Néron, l’arbre flétrit puis reverdit miraculeusement, 830 ans après l’allaitement des jumeaux

[ÉTABLI] Cette mention de Tacite (58-59 ap. J.-C.) est la dernière mention historique de l’arbre dans les sources latines conservées.

6. Importance symbolique pour Rome

[ÉTABLI] Le Ficus Ruminalis condense plusieurs charges symboliques :

  • Symbole de la nourricière sauvage civilisée : la louve sous le figuier représente le passage de la nature (forêt sauvage, abandon) à la culture (Rome civilisée, fondée par les jumeaux).
  • Souche fondatrice de Rome : aussi sacré que le Bodhi pour le bouddhisme ou le figuier d’Adam et Ève pour le judéo-christianisme.
  • Lien sacré entre nature et politique romaine : le déplacement de l’arbre au Comitium en fait un emblème religieux et civique simultané.
  • Continuité historique : la lignée d’arbres a survécu plusieurs siècles, témoignant de la continuité de la cité.

7. Iconographie

[ÉTABLI] Le Ficus Ruminalis est régulièrement représenté dans l’art romain :

  • Monnaies républicaines et impériales : plusieurs deniers, sesterces et as romains représentent la louve, les jumeaux et le figuier.
  • Bas-reliefs du Palatin : fragments archéologiques documentés au musée des Thermes de Dioclétien et aux Musées du Capitole.
  • Statue de la Lupa Romana : la célèbre statue (conservée aux Musées du Capitole) est parfois associée à l’iconographie complète louve + jumeaux + figuier, bien que le groupe ait été partiellement reconstruit à la Renaissance.
  • Renaissance italienne : reprise iconographique fréquente dans la peinture (Annibale Carracci, école de Bologne) comme symbole républicain et patriotique.
  • Iconographie moderne : Mussolini (1923-1943) a réactivé le mythe pour la propagande fasciste — récupération idéologique aujourd’hui largement contestée.

8. Perspectives — archéologie et survivance

[ÉTABLI] Plusieurs initiatives modernes :

  • Archéologie du Lupercal : en 2007, une grotte richement décorée a été identifiée sous le Palatin par des archéologues italiens et présentée comme le possible Lupercal antique — l’identification reste débattue.
  • Cérémonies modernes : le mythe fondateur est commémoré chaque 21 avril (date traditionnelle de la fondation de Rome, Natale di Roma), parfois avec des références au Ficus Ruminalis.
  • Symbolique italienne contemporaine : la louve aux jumeaux reste le logo officiel de l’AS Rome (club de football), du SS Lazio (logo modifié), et de la République Romaine antique en iconographie populaire.

Voir aussi

Sources

  1. Wikipedia (EN) — Ficus Ruminalis. URL : en.wikipedia.org/wiki/Ficus_Ruminalis (synthèse encyclopédique avec références primaires latines)
  2. Tite-LiveAb Urbe Condita, Livre I. (Texte fondateur ; édition critique Loeb Classical Library, B. O. Foster 1919.)
  3. Pline l’Ancien (Iᵉʳ s. ap. J.-C.)Naturalis Historia, Livre XV (Histoire des arbres fruitiers). Édition critique Loeb Classical Library.
  4. OvideFastes (Fasti). Édition critique Loeb Classical Library, J. G. Frazer 1931.
  5. TaciteAnnales, Livre XIII, 58-59. Édition critique Loeb Classical Library, J. Jackson 1937. (Dernière mention de l’Arbor Ruminalis, 58-59 ap. J.-C.)
  6. Coleman E. (2017)The Tree at the Heart of Rome: The Ruminal Fig Tree as a Natural Monument in Ancient Rome. Academia : www.academia.edu/35778889
  7. Britannica — Romulus and Remus. URL : www.britannica.com/biography/Romulus-and-Remus
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