Figgipedia
Atlas variétal du figuier
FR · EN
decouverte

Diagnostic des problèmes du figuier

Fiabilité : haute

Diagnostic des problèmes du figuier

En bref. Cette fiche est un arbre de décision : à partir du symptôme observé (feuille jaune, fruit qui chute, chancre, ravageur visible), elle oriente vers la cause probable et la fiche dédiée. Le figuier (Ficus carica) subit principalement des stress abiotiques (sécheresse, gel, carences), un complexe viral FMV/FMD et des chancres fongiques (Botryosphaeriaceae, Ceratocystis ficicola), souvent en interaction avec des coléoptères vecteurs.

Le diagnostic correct d’un trouble du figuier commence par une observation calme avant toute intervention : il est fréquent de confondre un dégât abiotique (gel tardif, stress hydrique, chlorose ferrique) avec une maladie infectieuse, et de traiter à tort. Cette fiche fournit un triage : symptôme observable → cause probable → fiche dédiée pour le détail biologique et la gestion.

1. Méthode d’observation avant diagnostic

[ÉTABLI] Avant de conclure, observer systématiquement :

  • Localisation du symptôme (jeunes feuilles vs vieilles, branches isolées vs ensemble, fruits sur brebas vs main crop).
  • Chronologie d’apparition (brutal en 48 h = souvent abiotique ou bactérien ; progressif en semaines = fongique ou viral).
  • Distribution : un seul arbre vs plusieurs, un seul rameau vs tout l’arbre.
  • Météo récente (gel, canicule, pluie intense), interventions récentes (taille, traitement, transplantation).
  • Présence d’insectes, de mycélium, d’écoulements, d’odeur fermentée.

[ÉTABLI] Un grand nombre de troubles du figuier relèvent d’un complexe multi-agents, en particulier les dépérissements progressifs avec chancres : Habib et al. (2025) documentent en Italie du Sud une interaction entre Ceratocystis ficicola, Neocosmospora algeriense, N. perseae et le scolyte Cryphalus dilutus, où la séparation des contributions individuelles est difficile et où le diagnostic doit être posé au niveau du syndrome plutôt que d’un agent unique.

2. Pas de fruits / récolte absente

Variété Smyrne ou San Pedro main crop sans figuier mâle

[ÉTABLI] → NORMAL en l’absence de Blastophaga psenes. Les figues Smyrne (Calimyrna, Sari Lop, Sarılop) et la main crop des San Pedro nécessitent une caprification (Chai et al. 2018 démontrent la régulation hormonale de l’abscission liée à la pollinisation). Voir Caprification et Blastophaga psenes. Solution : remplacer par variété Commun parthénocarpique. Voir Types variétaux et Parthénocarpie du figuier.

Pousse végétative exubérante sans figues

[ÉTABLI] → Excès d’azote. L’essai Tziros (2020) sur cv. Kalamon démontre qu’à l’inverse du carence azotée, un déséquilibre N/K trop riche en N déplace la balance vers la croissance végétative au détriment de la fructification. Solution : arrêter compost frais et engrais azotés, apporter K₂O (sulfate de potasse) en juin. Voir Fertilisation du figuier.

Jeune sujet (année 1-3 post-plantation)

[ÉTABLI] → Patience normale. Les premières vraies récoltes (1-3 kg) arrivent à l’année 3-4 en pleine terre, plus tôt en système intensif densifié (Singh et al. 2025 sur cv. ‘Diana’ en Inde aride). Voir Plantation et premiers soins.

Gel tardif récent

[ÉTABLI] → Brebas perdues (la première récolte se forme sur le bois de l’année précédente, sensible aux gelées d’avril-mai). La main crop, formée sur les pousses de l’année, est conservée. Voir Gel tardif printanier.

Carence en chill hours

[PROBABLE] → Sous climats tropicaux ou subtropicaux insuffisamment froids, le débourrement est désynchronisé et la fructification déficiente. Voir Chill hours du figuier.

3. Chute prématurée des fruits

Pluie intense + variété à œil ouvert (open-eye)

[ÉTABLI] → Fente du fruit + entrée de pourriture acide (Souring). Voir Souring — pourriture acide et Résistance à la pluie. Solution : choisir variétés closed-eye pour climat humide.

Stress hydrique sévère

[ÉTABLI] → Ammar et al. (2020) démontrent qu’un déficit hydrique prolongé déclenche abscission foliaire et fruitière par fermeture stomatique avancée. La sécheresse combinée à un coup de chaleur amplifie l’effet (Ammar et al. 2022 — vulnérabilité au changement climatique). Voir Figuier et sécheresse et Irrigation du figuier.

Caprification absente (Smyrne / San Pedro main crop)

[ÉTABLI] → Avortement normal des syconia non pollinisés. Mécanisme hormonal : sans pollinisation, l’ABA et l’éthylène ne sont pas réprimés et l’abscission est enclenchée (Chai et al. 2018). Voir Caprification.

Charge fruitière excessive sur jeune sujet

[PROBABLE] → Autorégulation physiologique : le jeune arbre largue une fraction des fruits qu’il ne peut nourrir. Pas d’intervention requise.

4. Anomalies des fruits à maturité

Pourriture interne brun foncé + parfois mucus

[ÉTABLI] → Endosepsis (Fusarium verticillioides, F. solani), surtout chez variétés caprifiées. Vecteur : la guêpe Blastophaga. Voir Endosepsis du figuier.

Lésions noires déprimées sur épiderme + cercles concentriques

[ÉTABLI] → Anthracnose (Colletotrichum spp., principalement C. gloeosporioides, C. fructicola, C. siamense). Voir Anthracnose.

Larves blanches à l’intérieur

[ÉTABLI] → Trois suspects principaux :

  • Drosophila suzukii (drosophile à ailes tachetées) — la femelle pond dans le fruit mûr intact via son ovipositeur dentelé. Voir Drosophila suzukii.
  • Silba adipata ou Zaprionus indianus (mouche de la figue) — pondent à l’ostiole. Voir Mouche du figuier.
  • Lobesia botrana (eudémis) — secondaire chez le figuier mais possible.

Solution prophylactique : filet anti-insectes mailles fines (< 1 mm), choix de variétés closed-eye, récolte rapprochée (≤ 2 j).

Fruits déformés, petits, dépigmentés, peu nombreux

[ÉTABLI] → Fig Mosaic Disease (FMD) : Preising et al. (2021) recensent ≥ 17 virus, 4 viroïdes et 2 phytoplasmes associés au syndrome. Le fig mosaic emaravirus (FMV) est l’agent dominant. Voir Fig Mosaic Virus et Tarsonème / Aceria ficus (vecteur).

Voile blanc poudreux sur fruit

[INCERTAIN] → Oïdium marginal sur fruit (rare chez F. carica) ou simple résidu de cire épicuticulaire (normal). Voir Oïdium du figuier.

Aflatoxines (figues sèches)

[ÉTABLI] → Contamination par Aspergillus flavus / A. niger post-récolte. Enjeu de santé publique avec réglementation européenne stricte (seuil 4 µg/kg aflatoxine B1 sur fruits séchés). Voir Aflatoxines sur figues sèches.

5. Anomalies des feuilles

Jaunissement entre nervures, nervures restant vertes (chlorose ferrique)

[ÉTABLI] → Carence en fer induite par sol calcaire (pH > 7,5, bicarbonates en excès). Le Fe est présent dans le sol mais bloqué sous forme insoluble. Voir Fertilisation du figuier. Solution :

  • Pulvérisation foliaire de chélate de fer (Fe-EDDHA) à 2-3 g/L : effet rapide (7-10 j) mais temporaire.
  • Apport au sol de Fe-EDDHA ortho-ortho (75-150 g/arbre/an) : seul chélate stable au-dessus de pH 7,5.
  • À long terme : enrichissement en matière organique, paillage acidifiant (BRF conifère).

Jaunissement entre nervures sur vieilles feuilles, nervures vertes

[PROBABLE] → Carence en magnésium (sols sableux ou très lessivés). Solution : sulfate de magnésie 30-50 g/m² au sol, ou pulvérisation foliaire à 1-2 %.

Mosaïque jaune/vert diffuse, déformation, lésions nécrotiques tardives

[ÉTABLI] → Fig Mosaic Disease. Le tableau symptomatique varie selon la combinaison virale présente (Preising et al. 2021). Pas de cure : prophylaxie par sélection de matériel sain, élimination des arbres très atteints, lutte contre le vecteur Aceria ficus. Voir FMV et Tarsonème / Aceria ficus.

Pustules orangées sur face inférieure + défoliation prématurée fin d’été

[ÉTABLI] → Rouille du figuier (Phakopsora nishidana, anciennement attribué à Cerotelium fici). Voir Rouille du figuier et Cerotelium vs Phakopsora.

Taches blanchâtres ou rosées sur écorce/feuilles + dépérissement

[ÉTABLI] → Pink blight (Erythricium salmonicolor) — climats chauds humides. Voir Pink blight du figuier.

Voile blanc poudreux sur feuilles

[ÉTABLI] → Oïdium (marginal chez F. carica). Voir Oïdium du figuier.

Voile noir charbonneux sur face supérieure

[ÉTABLI] → Fumagine — pas une maladie en soi, mais champignon saprophyte se développant sur le miellat excrété par cochenilles ou pucerons. Traiter la cause primaire. Voir Fumagine et Cochenilles du figuier.

Brûlures noires brutales en bord de feuille après une gelée

[ÉTABLI] → Gel tardif printanier. Voir Gel tardif printanier. Aucun traitement, l’arbre repart sur les bourgeons dormants secondaires.

Défoliation brusque sans cause visible + flétrissement sectoriel

[ÉTABLI] → Suspecter Verticillium dahliae (flétrissement vasculaire) ou Ceratocystis ficicola (chancre). Voir §6.

6. Anomalies des tiges et branches

Chancre rougeâtre/brun déprimé + écoulement gommeux + dépérissement segmentaire

[ÉTABLI] → Complexe Botryosphaeriaceae (principalement Neoscytalidium dimidiatum, Neofusicoccum spp., Botryosphaeria dothidea, Lasiodiplodia spp.). Voir Botryosphaeria du figuier. Solution : couper le bois malade jusqu’à 30 cm en zone saine, désinfecter outils à l’alcool entre coupes, brûler les déchets.

Flétrissement rapide d’un sujet entier + chancre cortical déprimé + odeur fruitée

[ÉTABLI] → Ceratocystis ficicola — émergence majeure documentée en Grèce (Tsopelas et al. 2021) puis en Italie (Habib et al. 2025), souvent associée aux scolytes vecteurs (Gusella et al. 2024). Mort de l’arbre en quelques semaines à quelques mois. Voir Ceratocystis canker et Scolytes du figuier. Réglementation EPPO Alert depuis 2022 : signaler à la protection des végétaux locale (en France : DRAAF-SRAL).

Chancres associés à galeries de coléoptères

[ÉTABLI] → Scolytes (Cryphalus dilutus, Xyleborus bispinatus) vecteurs de chancres et de Ceratocystis. Voir Scolytes du figuier.

Charançon noir à long rostre + galeries dans le bois

[ÉTABLI] → Aclees taiwanensis — charançon invasif, divise par 2 la production figuière en Italie. Voir Aclees taiwanensis.

Chancre + acervules noirs visibles à la loupe

[ÉTABLI] → Anthracnose (Colletotrichum spp.) — peut affecter aussi le bois jeune. Voir Anthracnose.

Chancres avec pycnides noires

[ÉTABLI] → Phomopsis (Diaporthe spp.). Voir Phomopsis du figuier.

7. Anomalies racinaires et du collet

Galles tumorales blanchâtres à brunes au collet ou sur racines

[ÉTABLI] → Crown gall (Agrobacterium tumefaciens). Souvent introduit en pépinière par plant infecté. Voir Crown gall du figuier. Solution : aucune cure, prévention au moment de l’achat (vérifier collet).

Galles racinaires nodulaires régulières + dépérissement progressif jeune sujet

[ÉTABLI] → Nématodes à galles (Meloidogyne spp.). Voir Nématodes du figuier.

Dépérissement général + rhizomorphes noirs en lacets sur racines

[ÉTABLI] → Armillaire (Armillaria mellea et complexes). Voir Armillaire du figuier.

Flétrissement vasculaire + brunissement bois en section

[ÉTABLI] → Verticillium dahliae — pathogène vasculaire de sol. Voir Verticillium du figuier.

Dépérissement général + sol gorgé d’eau + collet noirci

[ÉTABLI] → Asphyxie racinaire et pourritures de collet (Phytophthora spp., Pythium). Cause principale : drainage insuffisant. Voir Plantation et premiers soins §2.

8. Insectes visibles

Masses cireuses blanches ou cuirasses brunes + miellat collant + fumagine

[ÉTABLI] → Cochenilles (≈ 77 espèces recensées sur F. carica mondialement, principalement Diaspididae, Pseudococcidae, Coccidae). Voir Cochenilles du figuier et Fumagine.

Acariens microscopiques à l’aisselle des feuilles + symptômes mosaïque

[ÉTABLI] → Aceria ficus (tarsonème ériophyide), vecteur principal du FMV. Voir Tarsonème / Aceria ficus.

Mouches autour des fruits mûrs

[ÉTABLI] → Drosophila suzukii ou Silba/Zaprionus. Voir §4.

9. Quand consulter un spécialiste / faire analyser

[ÉTABLI] Trois situations méritent un envoi à laboratoire :

  1. Suspicion de Ceratocystis ficicola : maladie EPPO Alert, identification PCR requise (Tsopelas et al. 2021, Habib et al. 2025).
  2. Production de figues sèches commerciales : analyse aflatoxines obligatoire (réglementation UE).
  3. Mortalité brutale inexpliquée d’un verger : examen polyphasique (Habib et al. 2025 documentent l’importance d’un diagnostic au niveau du syndrome).

En France : DRAAF-SRAL régional, ou laboratoires d’expertise privés (LDA, Labo Mycology Inrae). Au niveau européen : EPPO Global Database pour les agents réglementés.

Voir aussi

Sources

  1. Preising S., Borges D.F., de Queiroz Ambrósio M.M., da Silva W.L. (2021)A Fig Deal: A Global Look at Fig Mosaic Disease and its Putative Associates. Plant Disease 105(4) : 727-738. DOI : 10.1094/PDIS-06-20-1352-FE

  2. Habib W., Carlucci M., Cavalieri V., Carbotti C., Nigro F. (2025)Unveiling a Disease Complex Threatening Fig (Ficus carica L.) Cultivation in Southern Italy. Plants 14(18) : 2865. DOI : 10.3390/plants14182865

  3. Tsopelas P., Soulioti N., Wingfield M.J., Barnes I., Marincowitz S., Tjamos E.C., Paplomatas E.J. (2021)Ceratocystis ficicola causing a serious disease of Ficus carica in Greece. Phytopathologia Mediterranea 60(2) : 337-349. DOI : 10.36253/phyto-12794

  4. Gusella G., Gugliuzzo A., Guarnaccia V., Martino I., Aiello D., Costanzo M.B., Russo A., Groenewald J.Z., Crous P.W., Polizzi G. (2024)Fungal Species Causing Canker and Wilt of Ficus carica and Evidence of Their Association by Bark Beetles in Italy. Plant Disease 108(7) : 2136-2147. DOI : 10.1094/PDIS-01-24-0251-RE

  5. Chai L., Chai P., Chen S., Flaishman M.A., Ma H. (2018)Transcriptome analysis unravels spatiotemporal modulation of phytohormone-pathway expression underlying gibberellin-induced parthenocarpic fruit set in San Pedro-type fig (Ficus carica L.). BMC Plant Biology 18 : 100. DOI : 10.1186/s12870-018-1318-1

  6. Ammar A., Ben Aissa I., Mars M., Gouiaa M. (2020)Comparative physiological behavior of fig (Ficus carica L.) cultivars in response to water stress and recovery. Scientia Horticulturae 260 : 108881. DOI : 10.1016/j.scienta.2019.108881

  7. Tziros G.T. (2020)Effect of N-P-K Fertilization on the Yield and Nutrient Status of Fig (Ficus carica L. Cv. Kalamon) Trees Grown under Mediterranean Conditions. International Journal of Fruit Science 20(sup3) : S1652-S1660. DOI : 10.1080/15538362.2020.1836706

  8. Ammar A., Ben Aissa I., Gouiaa M., Mars M. (2022)Fig (Ficus carica L.) vulnerability to climate change: Combined effects of water stress and high temperature on ecophysiological behaviour of different cultivars. South African Journal of Botany 147 : 482-492. DOI : 10.1016/j.sajb.2022.02.014

Suggestions automatiques

Pour aller plus loin

Fiches connexes par catégorie, mots-clés et liens curés