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Marcottage du figuier — alternative au bouturage à fort taux de réussite

Fiabilité : haute

Marcottage du figuier — alternative au bouturage à fort taux de réussite

En bref. Le marcottage du figuier (Ficus carica L.) est une méthode de multiplication végétative où une branche est amenée à former ses propres racines tout en restant attachée à la plante mère qui continue de la nourrir pendant la phase d’enracinement. Trois variantes : marcottage aérien (gaine de sphaigne autour d’une branche en hauteur), marcottage au sol (branche basse enterrée), marcottage par cépée (multiplication massive depuis un pied mère recépé). Le taux de réussite atteint ~87 % sur ligneux contre ~42 % pour le bouturage classique, et le plant obtenu fructifie dès la 2ᵉ-3ᵉ année au lieu de 3-5 ans pour une bouture. Période optimale : printemps, lorsque la sève circule activement. La méthode est particulièrement adaptée aux cultivars récalcitrants au bouturage et à la multiplication de petits volumes domestiques (1-10 plants).

[ÉTABLI] Le marcottage est l’une des plus anciennes techniques horticoles documentées — attestée depuis les agronomes romains (Caton, Columelle) qui décrivaient déjà le marcottage de la vigne et du figuier. C’est aussi le mode de multiplication naturelle spontanée du figuier : un rameau bas qui touche le sol s’enracine spontanément, donnant naissance à des « touffes » naturelles de figuiers issues d’un même pied — phénomène observable dans tous les vergers anciens méditerranéens.

1. Principe biologique

[ÉTABLI] Le marcottage exploite la capacité du figuier à émettre des racines adventives depuis ses tiges, qu’elles soient blessées ou en contact étroit avec un milieu humide (cf. fiche Système racinaire du figuier). Lorsqu’on interrompt le flux descendant de sève élaborée (en blessant l’écorce et le cambium), les auxines endogènes s’accumulent au point de blessure, déclenchant la formation de cals puis de primordia racinaires.

[ÉTABLI] Le différenciateur clé vs le bouturage : la branche reste alimentée par la plante mère durant tout le processus. Elle ne subit donc pas le stress hydrique ni la rupture nutritionnelle qui sont les causes principales d’échec du bouturage. Cette continuité physiologique explique les taux de réussite très supérieurs.

2. Marcottage aérien — la méthode standard pour figuier

[ÉTABLI] Le marcottage aérien (air layering) est la technique la plus utilisée sur figuier moderne, particulièrement pour les sujets en pot ou les variétés rares dont on veut maximiser le succès :

2.1 Matériel nécessaire

ÉlémentQuantitéRôle
Sphaigne humide (ou tourbe blonde)1-2 poignées par marcotteMilieu d’enracinement, retient humidité
Film plastique transparent ou noir20 × 20 cmEnveloppe + protection sphaigne
Liens / ficelles / colliers2 par marcotteFixation étanche aux extrémités
Couteau bien affûté ou greffoir1Incision propre du cambium
Hormone d’enracinement (AIB en poudre ou gel)optionnelleAccélère l’émission de racines
Manchon préfabriqué (alternative moderne)1 par marcotteSolution « tout-en-un » disponible en jardinerie

2.2 Protocole en 6 étapes

[ÉTABLI]

  1. Choisir une branche d’un an environ, vigoureuse, de la taille d’un crayon à un doigt, exposée sans être au sommet (la base de l’arbre est préférée).
  2. Inciser l’écorce sur 2-3 cm de hauteur en anneau (annulation), puis gratter le cambium sous-jacent pour interrompre le phloème. Variante : double entaille en chevron.
  3. Appliquer l’hormone d’enracinement (facultatif mais accélère le processus de 1-2 semaines).
  4. Envelopper la zone d’une poignée de sphaigne humide, bien tassée autour de la branche.
  5. Recouvrir le tout d’un film plastique noué étanche en haut et en bas (le noir évite l’éclairage des racines naissantes, le transparent permet le suivi visuel).
  6. Surveiller l’humidité tous les 15 jours, rajouter de l’eau si nécessaire. Sevrer (couper sous le marcottage) dès que les racines sont visibles abondamment à travers la sphaigne — généralement 6 à 10 semaines en pleine saison.

[ÉTABLI] Le sevrage doit être progressif idéalement : couper aux 2/3 du diamètre 8-10 jours avant la coupe complète permet au système racinaire de prendre en charge la nouvelle plante sans choc trop brutal.

2.3 Mise en culture du marcottage sevré

[ÉTABLI] Le jeune plant marcotté est :

  1. Détaché par section nette au sécateur, juste sous la zone de racines.
  2. Empoté immédiatement en substrat léger drainant (mélange terreau + perlite 50/50 par exemple).
  3. Maintenu à l’ombre pendant 2-3 semaines avec brumisations régulières pour réduire l’évapotranspiration.
  4. Endurci progressivement à l’exposition normale en 3-4 semaines.
  5. Planté en pleine terre à l’automne suivant ou au printemps d’après.

3. Marcottage au sol — la méthode artisanale traditionnelle

[ÉTABLI] Le marcottage au sol (ground layering, simple layering) est la version la plus ancienne et la plus simple, particulièrement adaptée aux figuiers à port étalé ou aux variétés ayant des branches basses faciles à courber :

3.1 Protocole

  1. Identifier une branche basse souple et longue, idéalement de l’année ou de l’an passé.
  2. Creuser une tranchée de 10-15 cm de profondeur à proximité de la base de la branche.
  3. Inciser ou gratter légèrement la zone qui sera enterrée (1-2 cm) pour stimuler l’émission racinaire.
  4. Courber la branche dans la tranchée, en laissant l’extrémité (10-30 cm) sortir vers le haut.
  5. Maintenir avec une pierre, un piquet ou un crochet en U.
  6. Recouvrir de terre légère et bien arroser.
  7. Patienter une saison complète (printemps à automne) — les racines se forment lentement mais sûrement.
  8. Détacher au sécateur la nouvelle plante à l’automne ou au printemps suivant.

[ÉTABLI] Avantages comparatifs : aucun matériel coûteux, aucun risque de dessèchement (la branche reste connectée et la terre maintient l’humidité), idéal pour multiplications domestiques. Inconvénient : nécessite des branches basses adaptées, pas applicable aux figuiers conduits en tige haute ou en pot.

4. Marcottage par cépée — pour multiplication massive

[ÉTABLI] Le marcottage par cépée (stooling, mound layering) est utilisé en pépinière pour multiplier rapidement un pied mère en plusieurs plants par cycle :

  1. Recéper un jeune figuier à 5-10 cm du sol en hiver.
  2. Au printemps, plusieurs rejets vigoureux émergent depuis la souche.
  3. Butter la souche avec du terreau (ou mélange substrat) au fur et à mesure que les rejets grandissent, sur ~20-30 cm de hauteur cumulée.
  4. Maintenir humide toute la saison.
  5. En automne ou hiver suivant, dégager la butte : chaque rejet a développé ses propres racines à la base — il peut être séparé et planté individuellement.

[ÉTABLI] Une cépée bien conduite produit 5 à 15 plants par an sur le même pied mère, qui se régénère pour la saison suivante. C’est la méthode historiquement utilisée par les pépiniéristes français du XIXᵉ siècle (cf. fiche Région Vaucluse — Pépinières Baud) avant la généralisation du bouturage moderne.

5. Comparaison marcottage vs bouturage

[ÉTABLI] Comparatif des deux méthodes principales de multiplication du figuier :

CritèreMarcottage aérienBouturage classique
Taux de réussite~87 % sur ligneux~42-60 % selon cultivar
Vitesse à la première récolte2-3 ans3-5 ans
Vigueur initiale du plantTrès bonne (système racinaire mature au sevrage)Modeste (système racinaire fragile au départ)
Quantité produite1-5 plants par arbre/saisonDizaines à centaines
Matériel requisSphaigne, film, hormone optionnelSubstrat, contenants, pesticide racinaire optionnel
Compétence requiseIntermédiaireDébutant à intermédiaire
SaisonnalitéPrintemps strictHiver (bois dormant) ou été (bois vert)
Adapté pourVariétés rares, sujets précieux, cultivars récalcitrantsProduction de pépinière, autosuffisance massive
Espace requisEspace de l’arbre mèreEspace de culture sous abri

[ÉTABLI] Le bouturage reste la méthode dominante en production commerciale (cf. fiche Bouturage du figuier) car il permet la production de centaines à milliers de plants par saison, ce que le marcottage ne peut atteindre. Mais le marcottage garde sa pertinence pour :

  • Particuliers souhaitant multiplier 1-5 plants avec très haute fiabilité.
  • Variétés rares dont chaque bouture est précieuse.
  • Cultivars récalcitrants (certains caprifiguiers, San Pedro complexes, variétés à enracinement difficile).
  • Multiplication conservatoire en collections patrimoniales.

6. Période optimale et facteurs de réussite

[ÉTABLI] Le marcottage du figuier réussit principalement en printemps actif :

  • Mars-avril (Méditerranée) : montée de sève active, avant ouverture complète des bourgeons, conditions optimales pour stimulation racinaire.
  • Mai-juin : aussi possible mais plus tardif, risques accrus de compétition avec la fructification estivale.
  • Été : déconseillé, la plante mère mobilise ses ressources pour les fruits, l’émission racinaire est lente et incertaine.
  • Automne-hiver : impossible, la dormance bloque tout processus de formation racinaire significatif.

[ÉTABLI] Facteurs qui maximisent la réussite :

  • Cultivar : les cultivars vigoureux (Brown Turkey, Roxo de Valinhos, Conadria) se marcottent très bien ; certains caprifiguiers ou variétés à bois fin demandent plus de soin.
  • Âge de la branche : 1-2 ans, ni trop jeune (cassante) ni trop âgée (lignifiée).
  • Vigueur de l’arbre mère : un sujet bien nourri et hydraté donne de meilleurs marcottages.
  • Humidité de la sphaigne : maintenue constante sans excès (rincer si stagnation).
  • Hormone d’enracinement (AIB) : accélère le processus de 1-3 semaines sur les cultivars difficiles.

[ÉTABLI] Edrisi et al. (2021, Horticulturae) ont caractérisé les paramètres de réussite optimale du bouturage sur figuier — leurs conclusions s’appliquent partiellement au marcottage : substrat aéré, hormone AIB, conditions thermiques 20-25 °C, humidité atmosphérique élevée.

7. Cas d’usage typiques

[ÉTABLI] Le marcottage est recommandé dans plusieurs situations :

SituationMéthode recommandéeJustification
Vous avez 1 figuier ancien et voulez 2-5 plants à offrirMarcottage aérienMaximum de réussite avec minimum d’efforts
Vous voulez conserver un cultivar rare ou non-disponible commercialementMarcottage aérienSécurité maximale, plant vigoureux d’emblée
Vous voulez régénérer un vieux figuier mal venuMarcottage par cépée (combiné rajeunissement)Multiplication + revitalisation
Vous avez un figuier à port étalé avec branches au solMarcottage au solLe plus simple et économique
Vous voulez démarrer une pépinière commerciale (centaines de plants)Bouturage (cf. fiche dédiée)Le marcottage ne tient pas la cadence
Vous avez un figuier en potMarcottage aérien sur branche extérieureAdapté aux arbres conduits en hauteur

Voir aussi

Sources

  1. Edrisi B. et al. (2021)Early Development of Fig (Ficus carica L.) Root and Shoot Using Different Propagation Medium and Cutting Types. Horticulturae. PMC : PMC8054669 (paramètres optimaux substrat + bois + facteurs racinaires)
  2. Hossain A.B.M.S. et al. (2014)Root growth promotion of Ficus species during air-layering. ResearchGate : 267224606 (étude scientifique multi-espèces Ficus dont F. carica)
  3. Boumendjel M. et al. (2016)Propagation of Some Local Fig (Ficus carica L.) Cultivars by Hardwood Cuttings under the Field Conditions in Tunisia. PMC : PMC4897291 (comparatif bouturage vs marcottage taux de réussite cultivars locaux)
  4. Centre National de Pomologie (Alès, France)Jardinez autrement avec la technique du marcottage aérien. URL : pomologie.fr/jardinez-autrement-avec-la-technique-du-marcottage-aerien (référence française patrimoniale)
  5. Hartmann H.T., Kester D.E., Davies F.T., Geneve R.L. (2014)Plant Propagation: Principles and Practices, 8th edition. Pearson. ISBN : 978-0-13-480776-7. (Référence académique mondiale sur les techniques de marcottage — air layering, simple layering, trench/stool layering)
  6. OpenLearn Create — Open University (2020)Part 5: Propagation by grafting and layering — module horticole. URL : open.edu/openlearncreate/mod/book/tool/print/index.php?id=200362 (ressource pédagogique académique)
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