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Bouturage et propagation du figuier

Fiabilité : haute

Bouturage et propagation du figuier

En bref. Le bouturage est la méthode universelle de multiplication du figuier, garantissant la fidélité variétale (clonage parfait). Boutures de bois dur en repos hivernal (décembre-février), longueur 20–25 cm, plantées en pleine terre ou en pot à substrat drainant. Taux de réussite typique 80–95 %. Méthodes complémentaires : marcottage aérien (efficace mais lent), micropropagation in vitro (rare en figuier commercial). Pas de greffage de routine.

Pourquoi le figuier se multiplie si bien

[ÉTABLI] Ficus carica fait partie des arbres fruitiers les plus dociles à la multiplication végétative. La quasi-totalité du verger mondial est issue de bouturage de bois dormant, technique simple, peu coûteuse et déjà documentée par Condit dans sa monographie de 1955 [9]. Le greffage, dominant chez le pommier ou le poirier, reste anecdotique : on bouture parce que ça marche. La conséquence pratique est lourde — chaque variété cultivée est un clone, et toute la variabilité observée provient soit de mutations somatiques, soit de la diversité historique des semis archaïques [10].

[ÉTABLI] Les taux de reprise réels sont très contrastés selon la méthode, la saison, le cultivar et le savoir-faire. Les chiffres publiés vont de 15 % sur un cultivar tunisien récalcitrant en champ [4] jusqu’à 100 % en marcottage aérien sur bois sain en pleine montée de sève. Les fourchettes annoncées dans la littérature de vulgarisation (60–95 %) reflètent cette amplitude réelle, pas une moyenne universelle.

1. Bouturage de bois dormant — la méthode reine

[ÉTABLI] Période optimale : pleine dormance, janvier–février dans l’hémisphère nord, avant montée de sève. Le créneau utile s’étend de fin décembre à début mars selon climat [chunks RAG ; pratique pépinière standard documentée par Hartmann & Kester 2014 — réf. 7].

Choix des baguettes :

  • Rameaux d’un an lignifiés, prélevés sur plante-mère vigoureuse à identité variétale confirmée.
  • Diamètre 8–20 mm, longueur de bouture 15–30 cm, 3–5 yeux.
  • [ÉTABLI] Mafrica et al. 2025, sur cv. Dottato, montrent que les boutures plus longues (20 cm vs 10 cm) et issues de la partie distale d’un rameau d’un an offrent un meilleur enracinement et une meilleure biomasse de transplantation — la biomasse fraîche/sèche augmente d’un facteur 2 à 3 entre bouture apicale et bouture sur bois de deux ans [3].

Préparation :

  • Coupe basse droite juste sous un œil (concentration auxinique naturelle), coupe haute en biseau 1–2 cm au-dessus d’un œil.
  • Trempage 12–24 h dans l’eau tiède pour réhydrater.
  • Hormone d’enracinement (AIB / IBA) facultative sur cultivars faciles, utile sur cultivars difficiles (cf §6).

Substrat et mise en jauge :

  • Mélange perlite + tourbe blonde 50/50 ou perlite + sable lavé, drainage impératif.
  • Principe « pied au chaud, tête au frais » : substrat 18–22 °C (chauffage basal), air 5–15 °C.
  • Enfoncement 15–20 cm, deux à trois yeux émergents.
  • Humidité du substrat constante mais non saturée — l’excès d’eau est la cause principale d’échec.

[ÉTABLI] Calendrier de reprise : reprise foliaire visible à 4–8 semaines à 18–22 °C ; rempotage individuel mai–juin ; arbuste transplantable l’automne suivant.

2. Bouturage semi-ligneux d’été

[PROBABLE] Variante moins répandue, pratiquée en juin–juillet sur pousses partiellement aoûtées. Taux de reprise généralement inférieur au bois dormant (40–70 % selon conditions), mais utile aux amateurs sans installations hivernales.

Spécificités techniques :

  • Boutures de 15–20 cm avec 2 à 4 yeux, 2 feuilles supérieures réduites de moitié pour limiter la transpiration tout en préservant la photosynthèse résiduelle.
  • AIB fortement recommandée : les cystéine-protéases du latex frais inhibent l’enracinement spontané.
  • Brumisation intermittente ou cloche plastique pour maintenir l’humidité de l’air > 85 %.
  • Substrat 22–25 °C, mi-ombre (~50 % de lumière), surveillance étroite des pourritures basales (Botrytis notamment).

[INCERTAIN] La rentabilité en pépinière commerciale est faible : la méthode reste cantonnée à des usages particuliers (multiplication rapide hors saison, variétés de greffon récoltées en été).

3. Marcottage aérien — l’arme contre les cultivars récalcitrants

[ÉTABLI] Méthode de référence pour les cultivars réputés difficiles à bouturer (Black Madeira en tête, plusieurs variétés Smyrna, certains Mt Etna). Taux de réussite proche de 100 % rapporté par les collectionneurs et confirmé par les manuels de propagation [7].

Protocole résumé :

  1. Période mai–juillet en pleine montée de sève, sur branche d’1 à 2 ans, diamètre 10–20 mm, en mi-hauteur de l’arbre.
  2. Annélation au couteau aiguisé : anneau d’écorce de 2–3 cm, pelé jusqu’au bois (cambium retiré). L’interruption du phloème bloque la redescente des photosynthétats et concentre localement l’auxine endogène.
  3. AIB en poudre appliquée sur le bord supérieur de l’annélation (facultatif mais accélère).
  4. Sphaigne humide entourant la zone (1–2 poignées), gainée de plastique transparent serré aux deux extrémités au raphia.
  5. Surveillance hebdomadaire (réinjection de quelques mL d’eau si la sphaigne sèche). Maillage racinaire visible en 6–12 semaines.
  6. Sevrage par section sous la zone enracinée, plantation immédiate en pot 3–5 L, mi-ombre 2–3 semaines.

[ÉTABLI] Avantage décisif : le xylème reste intact pendant l’enracinement, le futur sujet ne subit jamais de coupure de sève, et son système racinaire est plus étoffé qu’un bouturage classique.

4. Bouturage en sac plastique (« Fig Pop »)

[INCERTAIN] Méthode popularisée en ligne par les collectionneurs nord-américains (forum OurFigs) : bouture enroulée dans papier journal ou essuie-tout humide, placée dans un sac plastique gonflé d’air, conservée à 21–24 °C. Les racines deviennent visibles à travers le papier. Les taux annoncés (80–95 %) circulent dans la littérature de vulgarisation mais n’ont pas fait l’objet de publication peer-reviewed à ce jour. À considérer comme une variante artisanale du bouturage dormant, performante en l’absence d’installations dédiées mais sans validation académique de protocole standardisé.

5. Micropropagation in vitro

[ÉTABLI] Indispensable pour la production massive de plants certifiés et pour l’assainissement viral (FMV, FLV, FLMaV), seul moyen connu de purger un cultivar des virus quasi ubiquitaires du figuier [5]. Premiers protocoles publiés par Pontikis & Melas en 1986 [8], puis raffinés par Hepaksoy & Aksoy (2006) sur le cultivar turc ‘Sarılop’ — milieu MS additionné de 1 mg/L IBA, 1 mg/L GA₃ et 5 mg/L BA pour la multiplication ; enracinement sur MS + 1,2 à 2,5 µM IBA ou NAA [1].

Optimisations récentes (Abacı et al. 2025) :

  • Milieu DKW (Driver & Kuniyuki Walnut) avec 2 mg/L BAP + 0,5 mg/L IBA : 3,2 pousses par explant sur ‘Sarılop’.
  • Éclairage LED blanc en bocaux verre 265 mL ou Magenta : 2,30–2,33 pousses par explant.
  • Coefficient de multiplication maximal (3,27) au troisième sous-culture, à intervalles de 4 semaines.
  • Enracinement 53,3 %, acclimatation post-vitro 70 % [2].

[ÉTABLI] Acclimatation post-vitro = maillon faible (pertes de 5 à 30 %) : cuticule réduite, stomates non fonctionnels, racines fragiles, dessèchement rapide en air ambiant. Le protocole standard repose sur une humidité > 95 % sous cloche pendant 2 semaines, puis baisse progressive sur 4–6 semaines.

[ÉTABLI] Application phare : production de plants virus-free de cultivars d’intérêt (Sultani, Sarılop, etc.) combinant excision méristématique, thermothérapie 35–38 °C 3–8 semaines, multiplication in vitro et validation par RT-PCR FMV/FLV [5].

6. Hormones d’enracinement et variabilité génotypique

[ÉTABLI] L’acide indole-3-butyrique (AIB / IBA) est l’auxine de référence pour le bouturage du figuier : plus stable que l’AIA, libération prolongée dans le substrat, effet durable [2]. Concentrations typiques : 1 000–3 000 ppm en poudre ou trempage rapide en solution.

[PROBABLE] Études d’optimisation cultivar par cultivar : sur cinq variétés indiennes (Poona, Deanna, Bellary, Dinakar, Conadria), IBA 3 000 ppm a donné le meilleur taux d’enracinement (~36 %), longueur racinaire (~22 cm) et survie (~87 %) — résultats rapportés en littérature horticole indienne (publication non vérifiée DOI, à confirmer).

[ÉTABLI] Variabilité génotypique forte. Aljane & Nahdi (2014), sur six cultivars tunisiens en champ : Jemaâoui et Rogabi enracinent à 65 %, Bayoudhi seulement à 15 % — l’écart entre cultivars dépasse l’effet de la dose d’auxine [4]. Cohérent avec l’observation collectionneur que Black Madeira, certains Smyrna et quelques Mt Etna réclament systématiquement le marcottage ou la greffe.

Tableau récapitulatif — réussite par cultivar (exemples documentés)

CultivarMéthodeTauxSource
Brown Turkey, Ronde de Bordeaux, Madeleine, Dalmatiebois dormant> 90 %pratique pépinière
Dottato, partie distale 20 cmbois dormant + perlite/tourbenon chiffré, optimalMafrica 2025 [3]
Sarılopin vitro DKW + BAP/IBA53 % enracinement, 70 % acclimatationAbacı 2025 [2]
Jemaâoui, Rogabi (Tunisie)bois dormant champ65 %Aljane 2014 [4]
Bayoudhi (Tunisie)bois dormant champ15 %Aljane 2014 [4]
Black Madeirabois dormantvariable, parfois < 50 %observations collectionneurs
Black Madeiramarcottage aérien~ 100 %Hartmann & Kester 2014 [7]

7. Greffage et porte-greffes

[ÉTABLI] Marginal chez F. carica : la facilité du bouturage rend le greffage économiquement injustifié sauf cas particuliers. Trois usages documentés :

  • Surgreffage en place pour changer de variété sur un sujet adulte établi (écussonnage en T en août–septembre, fente latérale au printemps).
  • Conservation in vivo d’une variété rare sans avoir à attendre un bouturage.
  • Porte-greffes d’espèces voisines pour problèmes spécifiques.

[ÉTABLI] Recherche récente : Al-Sulaiman et al. (2024) démontrent qu’une Ficus palmata (Fegra Fig) micropropagée est un porte-greffe compatible pour F. carica ‘Brown Turkey’ — greffage en placage, jonction complète à 12 semaines, 100 % de survie [6]. Intéressant pour zones arides à F. palmata spontané. Une étude turque 2024 confirme la viabilité d’écussonnage tardif (août–septembre) sur porte-greffes de figuier sauvage issus de semis ou bouturage [Applied Fruit Science 2024 — DOI 10.1007/s10341-024-01245-y].

[INCERTAIN] La piste porte-greffe résistant aux nématodes à galles (Meloidogyne incognita) via espèces du genre Ficus autres que carica reste exploratoire — quelques observations sur F. pumila et F. sycomorus en littérature non peer-reviewed, pas de protocole standardisé pour production commerciale.

8. Conservation et expédition des boutures

[ÉTABLI] Les boutures dormantes reçues par échange ou achat hivernal se conservent 2 à 6 semaines sans dommage notable :

  • Emballage : sac plastique fermé + serviette papier légèrement humide (jamais détrempée).
  • Température : 4–8 °C en réfrigérateur (compartiment légumes), ou chambre froide.
  • Tolérance : pas de gel, pas de chaleur > 15 °C qui réveillerait la dormance.

[PROBABLE] Au-delà de 6 semaines, baisse progressive de viabilité (déshydratation du parenchyme, oxydation des coupes). Pour conservations plus longues, congeler à -2 °C en sable sec est documenté en littérature de pépinière mais sans validation peer-reviewed publiée pour F. carica.

[ÉTABLI] Hygiène d’expédition : désinfection des sécateurs entre arbres (alcool 70 %, 30 s de contact) pour limiter la transmission par sève contaminée du virus FMV — le vecteur biologique Aceria ficus reste le mode dominant de propagation virale en champ, mais l’hygiène outil supprime la composante anthropique.

9. Recherche actuelle et perspectives

Quelques axes vivants en littérature 2024–2026 :

  • Optimisation des milieux in vitro : substitution MS → DKW, éclairage LED, formats de récipients (Abacı 2025) [2].
  • Plants virus-free combinés à des biostimulants végétaux (extraits d’Artemisia annua réduisant les marqueurs de stress oxydatif chez les plants FMV+) [5].
  • Porte-greffes inter-spécifiques F. palmata, F. pumila, F. sycomorus — compatibilité confirmée pour palmata, exploratoire pour les autres [6].
  • Morphologie racinaire des boutures et effets long-terme sur l’établissement au verger (Mafrica 2025 sur Dottato) [3].
  • Conservation in vitro à froid pour banques de germplasme (publication 2025 sur F. palmata en attente d’application F. carica large échelle).

Voir aussi

Sources

  1. Hepaksoy S. & Aksoy U. (2006)Propagation of Ficus carica L. clones by in vitro culture. Biologia Plantarum 50(3) : 433–436. DOI : 10.1007/s10535-006-0063-8

  2. Abacı A.K., Güler B. & Gürel A. (2025)Effect of Medium Compositions and Different Culture Conditions on the Physiological Properties and Clonal Micropropagation of Ficus carica L. cv. Sarılop. Arabian Journal for Science and Engineering 51(2) : 1241–1259. DOI : 10.1007/s13369-025-10282-y

  3. Mafrica R., Bruno M., Fiozzo V., Caridi R. & Sorgonà A. (2025)Rooting, Growth, and Root Morphology of the Cuttings of Ficus carica L. (cv. “Dottato”): Cutting Types and Length and Growth Medium Effects. Plants 14(2) : 160. DOI : 10.3390/plants14020160

  4. Aljane F. & Nahdi S. (2014)Propagation of Some Local Fig (Ficus carica L.) Cultivars by Hardwood Cuttings under the Field Conditions in Tunisia. International Scholarly Research Notices 2014 : 809450. DOI : 10.1155/2014/809450

  5. Aboelhasan F.M.O., Sobhy S.E., Soliman H.I.A., Saleh A.A. & Hafez E.E. (2025)Assessment of Artemisia annua extracts contribution to viral stress tolerance in Ficus carica L.: physiological and molecular contribution. Discover Life 55 : 15. DOI : 10.1007/s11084-024-09673-2

  6. Al-Sulaiman M.A. et al. (2024)Micropropagation and Genetic Fidelity of Fegra Fig (Ficus palmata Forssk.) and Grafting Compatibility of the Regenerated Plants with Ficus carica. Plants 13(9) : 1278. DOI : 10.3390/plants13091278

  7. Hartmann H.T., Kester D.E., Davies F.T. Jr. & Geneve R.L. (2014)Plant Propagation: Principles and Practices, 8th edition. Pearson, Upper Saddle River, NJ. ISBN : 978-0-13-501449-3 (référence universelle multiplication végétative, chap. figuier inclus).

  8. Pontikis C.A. & Melas P. (1986)Micropropagation of Ficus carica L. HortScience 21(1) : 153–155 (publication fondatrice de la culture in vitro du figuier ; pré-DOI).

  9. Condit I.J. (1955)Fig varieties: A monograph. Hilgardia 23(11) : 323–538. (Monographie classique UC, propagation traitée pp. 343–360 ; accès libre UC ANR).

  10. Aljane F. & Nahdi S. (2014) — cf. réf. 4 (taux 15 % Bayoudhi vs 65 % Jemaâoui/Rogabi, illustration de la variabilité génotypique entre cultivars d’une même région).

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