Types variétaux du figuier
Fiabilité : haute
Types variétaux du figuier (Ficus carica)
En bref. La typologie pomologique de F. carica repose sur quatre groupes fonctionnels selon la biologie florale : Caprifiguier (mâle), Commun (parthénocarpique persistant — 95 % des variétés européennes), Smyrne (nécessite caprification pour toutes récoltes), San Pedro (intermédiaire — brebas parthénocarpiques, main crop nécessite caprification). Axes orthogonaux : uniférie/biférie, usage frais/sec, peau ouverte/fermée. Détermine toute la stratégie de culture.
Cette fiche présente la typologie pomologique structurante de F. carica, les axes orthogonaux (uniférie/biférie, usage), les grands groupes morphologiques traditionnels et les implications pour le choix variétal. Pour la biologie florale qui sous-tend la quadripartition, voir caprification §1–3. Pour la rusticité par cultivar, voir zones-usda-rusticite. Pour les conséquences sur la conduite, voir taille-figuier §2.
1. Le cadre fondateur — quatre types selon la biologie florale
[ÉTABLI] La classification pomologique de référence remonte à Condit (1955), Fig varieties: a monograph (Hilgardia), et reste en usage à l’échelle internationale [1]. Elle distingue quatre types fondamentaux selon la biologie florale du sycone et la nécessité de pollinisation par Blastophaga psenes :
| Type | Brebas (1ʳᵉ récolte) | Main crop (2ᵉ récolte) | Caprification requise ? | Graines |
|---|---|---|---|---|
| Caprifig (mâle fonctionnel) | mamme + profichi + mammoni — sycones non comestibles | — | héberge B. psenes | — (fonction mâle) |
| Smyrna | absentes ou minimes | avorte sans caprification | OUI, impérative | fertiles si caprifié |
| San Pedro | parthénocarpiques | avorte sans caprification | partielle (main crop uniquement) | partielles |
| Commun (Adriatic) | parthénocarpiques | parthénocarpiques | NON | non viables |
[ÉTABLI] La typologie est structurante pour toute décision pratique : choix de plantation hors zone à B. psenes, calibrage de la taille (cf taille-figuier §2), évaluation du potentiel commercial pour une production fraîche ou séchée. Sa simplicité opérationnelle explique sa pérennité depuis sept décennies.
[ÉTABLI] L’erreur la plus courante en climat tempéré nord (France atlantique, Île-de-France, Royaume-Uni, Allemagne) : planter un cultivar Smyrna ou attendre une production main crop d’un San Pedro hors zone à blastophage. Aucune fructification possible. Seul le type Commun (parthénocarpique strict) convient à ces régions, sauf pour exploiter les brebas d’un San Pedro à fenêtre très courte (cf §6).
2. Axe orthogonal — uniférie vs biférie
[ÉTABLI] Indépendamment du type pomologique, les cultivars se répartissent sur un axe uniférie / biférie :
- Cultivars unifères : une seule récolte annuelle (main crop). Les Smyrna stricts (Sarılop, Calimyrna) et nombre de Communs méditerranéens (Dottato, Bourjassotte) entrent dans cette catégorie.
- Cultivars bifères : deux récoltes — brebas en juin–juillet (sur bois 1 an) et main crop en août–octobre (sur bois de l’année). Concerne la majorité des Communs et tous les San Pedro. Exemples : Brown Turkey, Madeleine des Deux Saisons, Negronne, Pastilière.
- Cultivars « breba-dominante » : sous-catégorie de bifères dont la breba est plus volumineuse, plus précoce et qualitativement plus intéressante que le main crop. Cas paradigmatique : Desert King (San Pedro), référence du Pacific Northwest des USA et de la Bretagne intérieure, où le main crop avorte de toute façon faute de blastophage.
[ÉTABLI] Conséquence pratique : en climat marginal (étés courts), un cultivar breba-dominante est souvent un meilleur choix qu’un bifère équilibré — la breba est mûre avant la fin de la saison utile, le main crop avorte mais le sujet a déjà donné. Le calendrier de récolte se concentre, l’arbre fructifie même les années courtes.
3. La critique moderne — la tripartition reste-t-elle valide ?
[ÉTABLI] Ferrara, Mazzeo & Pacucci (2016), en caractérisant le germplasme apulien (Italie du Sud) et en comparant les comportements de caprification observés à la classification théorique de Condit, remettent partiellement en cause la nette tripartition Smyrna / San Pedro / Commun : ils identifient des cultivars intermédiaires qui ne se rangent dans aucune catégorie pure et proposent une vision plus graduelle d’un spectre de parthénocarpie continu [2]. La parthénocarpie chez F. carica est en effet un trait quantitatif sous contrôle hormonal (auxine et gibbérelline endogènes) plus que strictement binaire.
[ÉTABLI] Les approches moléculaires complètent ce tableau. Aradhya et al. (2010), sur 194 accessions de la collection USDA-Davis, valident que les caprifigs forment un groupe basal génétiquement distinct et que les Smyrna sont génétiquement plus proches des caprifigs que les Communs — ce qui valide la cohérence biologique de la classification de Condit, sans la rendre absolue [3].
[ÉTABLI] Position pratique recommandée : la typologie Condit reste une grille de décision utile pour le choix de plantation et la conduite, mais doit être lue comme une simplification d’un spectre biologique — certains cultivars « intermédiaires » échappent à la classification stricte.
4. Aptitude par usage — autre axe de classification
[ÉTABLI] Indépendamment de la biologie florale, les cultivars sont classés par aptitude commerciale :
| Usage | Critères clés | Cultivars-références |
|---|---|---|
| Séchage industriel | calibre régulier, ostiole fermé, teneur en sucre > 22 °Bx, peau résistante | Sarılop / Calimyrna (Smyrna), Dottato (Commun), Roxo de Valinhos (Commun) |
| Fresh marché lointain | fermeté, ostiole fermé, post-récolte > 5 jours | Brown Turkey, Conadria, Kadota |
| Fresh marché local et table | qualité gustative, calibre, couleur, intensité aromatique | Bourjassotte Grise, Goutte d’Or, Violette de Bordeaux, Black Madeira |
| Breba dominante climat marginal | grosse breba précoce, tolérance saison courte | Desert King, Madeleine des Deux Saisons, Negronne (breba) |
| Climat humide / pluies de fin d’été | ostiole serré (« closed eye »), peau imperméable | Celeste, Smith, Champagne, O’Rourke (programme LSU AgCenter), Black Madeira KK |
[ÉTABLI] Cette grille d’usage est documentée dans les synthèses commerciales (Stover et al. 2007 [4]) et structure les programmes de sélection régionaux modernes.
5. Groupes morphologiques traditionnels
[ÉTABLI] L’horticulture pomologique européenne reconnaît plusieurs groupes morphologiques transversaux à la typologie de Condit, fondés sur la forme du fruit, la couleur de la peau, la couleur de la chair et l’origine régionale. Ces groupes structurent les catalogues et facilitent l’identification de terrain :
- Groupe Bourjassotte (Sud-Est de la France, méditerranéen) : Bourjassotte Noire, Bourjassotte Grise. Peau noir/gris-violacé, chair rouge, fruit pyriforme, qualité gustative remarquable.
- Groupe Col de Dame (catalan/roussillonnais) : Col de Dame Noire, Blanche, Grise. Fruit allongé en col de bouteille, chair fondante, sensibilité hivernale variable.
- Groupe Madeleine : Madeleine des Deux Saisons (= Angélique), Madeleine de Septembre. Cultivars rustiques, débourrement tardif, brebas abondante.
- Groupe Brown Turkey : Brown Turkey anglais (Olympian), Brown Turkey californien — clones distincts historiquement liés, SSR non publiée pour les distinguer formellement.
- Groupe Black Mission : Mission californienne, ses dérivés sud-américains. Peau noir-violacé, chair rouge ambre, bonne adaptation au climat sec.
- Groupe Adriatic : figues blanches/vertes méditerranéennes (Adriatic, Goutte d’Or, Madeleine blanche). Apparence très différente mais ralliement génétique partiel.
- Groupe Dottato / Smyrna : Dottato (Commun italien), Sarılop (Smyrna turc), Calimyrna (= Lob Injir, californien). Tous orientés séchage industriel, tous à peau claire et chair ambrée.
- Groupe Caprifig : Roeding 1, Roeding 2, Stanford, Samson (sélections californiennes), accessions locales en Turquie et au Maghreb (cf capripollinisation-industrielle §2).
[ÉTABLI] Caliskan & Polat (2012), sur 76 accessions du Sud-Est de la Turquie (Hatay), démontrent par analyse multivariée que la diversité morphologique entre cultivars locaux est très élevée et que sept caractères discriminent particulièrement bien : dominance apicale, formation de pousses latérales, forme de la feuille, nombre de lobes, longueur du lobe central, surface foliaire et largeur foliaire [5]. Gaaliche et al. (2012), sur 14 cultivars du Nord-Ouest tunisien, confirment la pertinence des analyses morpho-pomologiques combinées pour structurer un catalogue régional [6].
6. Pièges et synonymies — la zone grise nominale
[ÉTABLI] La nomenclature des cultivars de figuier est réputée chaotique — pas moins de 600 noms distincts pour environ 200 cultivars génétiquement identifiables en Méditerranée. Cinq pièges récurrents :
- Noms de couleur génériques (« Noire », « Blanche », « Verte », « Violette ») désignent plusieurs dizaines de cultivars distincts selon les régions.
- Même nom, régions différentes : ‘Dottato’ Italie ≠ ‘Dottato’ France ≠ ‘Dottato’ Espagne sans vérification d’accession.
type_varietedivergent entre deux fiches = synonymie exclue, quel que soit le voisinage de noms.- Nom déclaré à l’acquisition sans vérification génétique = aucune valeur identitaire.
- Confusions historiques Condit vs INRAE : un même nom peut désigner deux clones distincts selon la source. Vérifier les numéros d’accession, pas les noms.
[ÉTABLI] L’arbitrage moderne se fait par profilage SSR (microsatellites) : Khadari et al. (2001), Aradhya et al. (2010), Saddoud Debbabi et al. (2015), Bandelj et al. (2007–2023) ont chacun publié des panels SSR consolidés permettant l’identification objective des cultivars (cf zones-usda-rusticite pour la triangulation génétique-morphologique).
7. Apport du génome
[ÉTABLI] La séquençage complet du génome de F. carica — d’abord le cultivar japonais ‘Horaishi’ (Mori et al. 2017) puis l’assemblage haplotype-phased du cultivar italien ‘Dottato’ par Usai et al. (2020) — ouvre une nouvelle ère pour la caractérisation des cultivars [7]. Le génome compte environ 350 Mb, distribué sur 13 chromosomes, avec des signatures épigénétiques fortes (méthylation N6A et N4C) sur gènes et transposons. Les implications attendues : marqueurs moléculaires de précocité, de tolérance à la sécheresse, de parthénocarpie, de couleur de chair — tous angles de sélection assistée par marqueurs encore à construire.
[INCERTAIN] Le nombre exact de cultivars génétiquement distincts à l’échelle méditerranéenne reste un objet d’étude — estimations entre 200 et 400 selon les seuils SSR retenus, sur un fond de polysynonymie massive. La consolidation d’un référentiel international unifié (à l’image de la Vitis International Variety Catalogue pour la vigne) reste un chantier ouvert pour la filière figue.
8. Choix variétal — synthèse opérationnelle
[ÉTABLI] Décision de plantation en cinq questions, conçues pour ramener la complexité pomologique à une grille pratique :
- Présence stable de Blastophaga psenes dans la région ? → Sinon, exclure Smyrna et toute attente de main crop sur San Pedro. Voir blastophaga-psenes §5.
- Zone USDA et seuils de gel hivernal ? → Tableau Tmin par cultivar dans zones-usda-rusticite §3. Climat froid → cultivars « Hardy » (Chicago Hardy, Bornholms Diamant).
- Usage cible : séchage, fresh marché, table ? → Cf §4.
- Climat humide ou sec à la maturation ? → Climat humide = priorité aux cultivars à ostiole fermé (Celeste, Smith, Champagne, Black Madeira KK).
- Espace et système de conduite ? → Cultivars dwarf pour pot et palissage (Little Miss Figgy, Petite Negra, Violette de Bordeaux), cf culture-pot-figuier §8 et palissage-espalier §6.
[ÉTABLI] En France atlantique et continentale (zones USDA 6–8) : la quasi-totalité des choix se fait dans le type Commun (Brown Turkey, Madeleine des Deux Saisons, Ronde de Bordeaux, Violette de Bordeaux, Pastilière, Dalmatie) ou dans le type San Pedro à breba dominante (Desert King, breba seule).
[ÉTABLI] En Méditerranée chaude et Californie : les trois types productifs (Commun, Smyrna, San Pedro) sont cultivables si la caprification est organisée. Le choix se fait alors par usage (sec vs frais), calibre, calendrier de récolte et adaptation aux maladies locales.
Voir aussi
- Caprification — biologie florale qui sous-tend la quadripartition
- Blastophaga psenes — le pollinisateur et son aire géographique
- Capripollinisation industrielle — protocole verger Smyrna/San Pedro
- Zones USDA et rusticité — tableau Tmin par cultivar
- Taille du figuier — stratégie de taille selon type pomologique
- Culture du figuier en pot — cultivars compacts
- Palissage et espalier — cultivars adaptés au plan vertical
Sources
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Condit I.J. (1955) — Fig varieties: A monograph. Hilgardia 23(11) : 323–538. (Référence pomologique fondatrice de la quadripartition Caprifig / Smyrna / San Pedro / Commun, toujours en usage international ; pré-DOI, accès libre UC ANR).
-
Ferrara G., Mazzeo A., Pacucci C. et al. (2016) — Characterization of edible fig germplasm from Puglia, southeastern Italy: Is the distinction of three fig types (Smyrna, San Pedro and Common) still valid? Scientia Horticulturae 205 : 52–58. DOI : 10.1016/j.scienta.2016.04.016
-
Aradhya M.K., Stover E., Velasco D. & Koehmstedt A. (2010) — Genetic structure and differentiation in cultivated fig (Ficus carica L.). Genetica 138(6) : 681–694. DOI : 10.1007/s10709-010-9442-3 (validation moléculaire de la quadripartition sur 194 accessions USDA-Davis).
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Stover E., Aradhya M., Ferguson L. & Crisosto C.H. (2007) — The Fig: Overview of an Ancient Fruit. HortScience 42(5) : 1083–1087. DOI : 10.21273/HORTSCI.42.5.1083 (synthèse incluant grilles d’aptitude commerciale par type).
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Caliskan O. & Polat A.A. (2012) — Morphological diversity among fig (Ficus carica L.) accessions sampled from the Eastern Mediterranean Region of Turkey. Turkish Journal of Agriculture and Forestry 36(2) : 179–193. (Analyse multivariée 76 accessions Hatay).
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Gaaliche B., Trad M. & Mars M. (2012) — Morphological and Pomological Diversity of Fig (Ficus carica L.) Cultivars in Northwest of Tunisia. ISRN Agronomy 2012 : 326461. DOI : 10.5402/2012/326461 (analyse PCA + cluster sur cultivars tunisiens).
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Usai G., Mascagni F., Giordani T. et al. (2020) — Epigenetic patterns within the haplotype phased fig (Ficus carica L.) genome. The Plant Journal 102(3) : 600–614. DOI : 10.1111/tpj.14635 (assemblage haplotype-phased du cv. ‘Dottato’, génome de référence moderne).
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Saddoud Debbabi O. et al. (2015) — Analysis of genetic diversity of Tunisian caprifig (Ficus carica L.) accessions using simple sequence repeat (SSR) markers. Hereditas 152 : 2. DOI : 10.1186/s41065-015-0002-9 (panel SSR caprifigs).
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Eisen G. (1901) — The Fig: Its History, Culture and Curing. USDA Division of Pomology Bulletin n°9. (Monographie historique de référence sur les types pomologiques, accès libre Internet Archive).
Pour aller plus loin
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