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Aclees taiwanensis — charançon noir invasif du figuier

Fiabilité : haute

Aclees taiwanensis — charançon noir invasif du figuier

En bref. Charançon xylophage invasif d’origine asiatique, Aclees taiwanensis est le ravageur émergent le plus destructeur du figuier européen. Production figuière italienne effondrée de 50 % entre 2005 et 2020 (FAOSTAT). Les larves creusent dans le collet et tuent l’arbre en 2 à 5 ans. Pas d’insecticide homologué ; protocole de référence : Beauveria bassiana (Naturalis®) + pièges Rincotrap®.

Aclees taiwanensis Kôno 1933 (Coleoptera, Curculionidae) est un coléoptère xylophage invasif d’origine asiatique qui a réussi en moins de 30 ans à provoquer un effondrement majeur de la production figuière italienne. Identifié initialement sous plusieurs noms erronés (A. cribratus, A. foveatus), il a fait l’objet d’une révision taxonomique récente (2020-2023) qui a clarifié son identité. Cette fiche couvre la chronologie de l’invasion, la biologie du cycle, l’impact économique chiffré, et les nouvelles voies de contrôle développées en 2023-2024 (Beauveria bassiana + Rincotrap, sémiochimiques).

1. Le ravageur invasif le plus destructeur du figuier européen

[ÉTABLI] Chronologie d’invasion en Europe :

  • France : première détection 1997 (sous le nom A. cribratus).
  • Italie : première détection 2005 (sous A. sp. cf. foveatus).
  • Slovénie, Espagne, Portugal : depuis 2018.
  • Diffusion attendue sur l’ensemble du bassin méditerranéen dans la décennie 2026-2036.

[ÉTABLI] Impact économique italien chiffré (Olivieri et al. 2023, Insects) : la production figuière nationale est passée de 20,09 t à 10,65 t entre 2005 et 2020 selon FAOSTAT, soit une baisse de près de 50 % attribuée majoritairement à A. taiwanensis. C’est probablement le pire effondrement de production figuière documenté en Europe au XXIe siècle.

2. Position systématique et confusion taxonomique de 25 ans

[ÉTABLI] Position systématique actuelle :

  • Famille : Curculionidae (charançons), tribu Anchonomatini.
  • Espèce-type : Aclees ater Roelofs 1875 (Japon).
  • L’espèce européenne invasive a été rapportée pendant 25 ans sous trois noms erronés successifs :
  • A. cribratus (Gyllenhal 1836) — identification de première détection française 1997.
  • A. sp. cf. foveatus — détection italienne 2005, sans identification précise.
  • A. taiwanensis Kôno 1933 — identification correcte confirmée par génome mitochondrial complet (Tani et al. 2020, Mitochondrial DNA Part B).

[ÉTABLI] Caractérisation génétique : Tani et al. (2020) ont publié le génome mitochondrial complet de l’espèce (15 624 pb, 13 gènes codant pour des protéines, 22 ARNt, 2 ARNr), confirmant son identité distincte des autres Aclees. Cette identification moléculaire a définitivement résolu le quiproquo taxonomique européen.

[PROBABLE] La confusion s’explique par la similarité morphologique importante entre les espèces du genre Aclees. Le genre comprend une dizaine d’espèces réparties en Asie de l’Est (Japon, Chine, Taïwan, Vietnam) toutes morphologiquement proches.

3. Biologie et cycle de vie

[ÉTABLI] Cycle annuel univoltin à bivoltin selon le climat (Tani & Conti 2023, Insects).

Stade larvaire

  • 5 stades larvaires successifs identifiés par largeur de la capsule céphalique.
  • Larves jeunes (L1-L3) : creusent dans les racines superficielles et la base du tronc.
  • Larves âgées (L4-L5) : progressent vers les charpentières et les branches majeures, creusant des galeries de 5 à 15 cm de long et 4 à 6 mm de diamètre.
  • Stade L5 final : la larve cesse de creuser et construit une chambre de nymphose ovoïde dans le bois.

Stade nymphal

  • Durée totale : 15 à 18 jours à 25 °C.
  • Coloration : nymphe blanchâtre les 2 premiers jours, puis caramel-jaune (J3), puis caramel-brun foncé.
  • Signes d’émergence imminente : yeux qui rougissent (J−5 av. émergence), puis qui noircissent (J−2).

Stade adulte

  • Après émergence, l’adulte reste environ 2 jours dans la chambre nymphale.
  • Coloration progressive du blanchâtre vers le noir caractéristique en 7 à 10 jours.
  • Longueur adulte : 12 à 18 mm — l’un des plus grands curculionides invasifs en Europe.
  • Longévité : 6 à 12 mois selon climat.
  • Activité diurne et crépusculaire, fuyant la lumière directe.

Dynamique de population

[ÉTABLI] Captures aux pièges (Olivieri et al. 2023) : deux pics annuels marqués sur la côte tyrrhénienne italienne :

  • Pic juin-juillet — adultes émergents de la première cohorte.
  • Pic septembre-octobre — seconde cohorte ou adultes de l’année précédente terminant leur cycle.

Pic principal en climat ibérique : juin-juillet uniquement (univoltinisme dominant).

4. Symptômes et dégâts

[ÉTABLI] Le ravageur cause une mort progressive et souvent fatale du figuier :

  1. Galeries d’alimentation larvaire dans le collet, les racines superficielles et la base du tronc — interruption du phloème et du xylème.
  2. Sciure brune-rouge (frass) à la base du tronc — signe diagnostique caractéristique, souvent le premier détecté.
  3. Trous d’émergence circulaires de 5 à 7 mm de diamètre sur l’écorce après émergence des adultes.
  4. Chlorose et défoliation progressive du houppier.
  5. Dépérissement de branches entières par effondrement vasculaire.
  6. Mort de l’arbre en 2 à 5 ans d’infestation non contrôlée, parfois plus rapide chez les jeunes plants (1-2 ans).

[ÉTABLI] Les adultes se nourrissent en complément sur les jeunes pousses, feuilles, bourgeons et fruits non mûrs — dégâts mineurs comparés à ceux des larves.

Diagnostic différentiel

[ÉTABLI] À distinguer de :

  • Scolytes (fiche dédiée) — trous beaucoup plus petits (1-2 mm), galeries plus nombreuses et plus fines.
  • Cossus cossus (Lépidoptère) — trous 8-12 mm, sciure rosâtre.
  • Cancer du collet (Phytophthora ou Botryosphaeria) — pas de galeries ni de frass, écoulements gommeux.

[ÉTABLI] Co-infestation fréquente avec scolytes documentée (Garganese et al. 2025) — les galeries d’Aclees créent des points d’entrée privilégiés pour les scolytes vecteurs de chancres. Cercle vicieux où l’attaque d’Aclees prépare le terrain pour les pathogènes fongiques.

5. Cultivars et stades sensibles

[ÉTABLI] Aucune résistance variétale documentée à ce jour. Tous les cultivars de F. carica sont attaqués.

[ÉTABLI] Stades les plus vulnérables :

  • Jeunes plants en pépinière (1 à 3 ans) — particulièrement à risque, mort en 1-2 saisons.
  • Plantations de remplacement récentes — sol contenant l’inoculum résiduel des anciens arbres morts.
  • Arbres adultes affaiblis par stress hydrique, maladies, ou taille sévère.

6. Sémiochimiques — la promesse du trappage de masse

[ÉTABLI] Bedini et al. (2020, Scientific Reports) ont identifié les composés organiques volatils (VOC) sexuels de Aclees, ouvrant la voie au piégeage par phéromones :

  • Mâles et femelles produisent des bouquets de VOC distincts dans leurs sécrétions cuticulaires.
  • Tests comportementaux en olfactomètre : les femelles sont attirées par les VOC des mâles et vice-versa.
  • Application potentielle : formulation phéromonique synthétique pour piégeage de masse et surveillance précoce à l’entrée de zones non encore contaminées.

[ÉTABLI] Tani & Conti (2023, Insects) ont confirmé et étendu cette caractérisation sur cohortes de terrain en Toscane.

[PROBABLE] Une formulation phéromonique synthétique pour piégeage de masse est en développement, sans diffusion commerciale validée au 2026. La transposition depuis le laboratoire vers le terrain reste à valider — étape clé pour basculer d’un outil de surveillance vers un outil de contrôle.

7. Contrôle — la révolution Beauveria + Rincotrap

[ÉTABLI] Aucun insecticide systémique homologué en Europe pour cet usage spécifique. Les néonicotinoïdes sont retirés du marché ou interdits sur arbres en fleurs.

Biocontrôle par champignon entomopathogène — Beauveria bassiana

[ÉTABLI] Olivieri et al. (2023, Agriculture) ont validé l’utilisation de Beauveria bassiana souche commerciale Naturalis®, associée au piège Rincotrap® (bandes de tissu adhésif imbibées) sur figuier italien :

  • Essais semi-champ en Toscane, deux concentrations (3 % et 10 %).
  • Efficacité biocide significative dans les deux modalités — mortalité élevée des adultes interceptés.
  • Application : bandes posées sur le tronc à 30 à 60 cm du sol pour intercepter les adultes lors de leurs déplacements ascendants saisonniers.
  • Période optimale : avril-mai (avant le premier pic d’émergence) et août-septembre (avant le second pic).

[ÉTABLI] Mécanisme : B. bassiana est un champignon entomopathogène qui infecte les insectes par contact cuticulaire. Les conidies adhèrent à l’exosquelette, germent, pénètrent par la cuticule via enzymes lytiques (chitinases, protéases), et colonisent l’hémocoele en 4 à 7 jours. L’insecte meurt par épuisement nutritionnel et par toxines fongiques (beauverolides, oosporeine).

[PROBABLE] Une souche endogène italienne de B. bassiana a été isolée en 2016 (Tani et al. 2016, Bulletin of Insectology) directement à partir d’adultes d’Aclees morts dans des vergers infestés. Cette souche pourrait s’avérer plus efficace que la souche commerciale Naturalis® — pistes en développement, encore non commercialisée.

Stratégies prophylactiques

[ÉTABLI]

  • Inspection visuelle régulière du collet et de la base du tronc — détection précoce de sciure (signe le plus fiable).
  • Arrachage et destruction des arbres fortement infestés (incinération sur place pour éviter la dissémination).
  • Quarantaine des plants en pépinière en provenance de zones contaminées.
  • Évitement des achats de plants depuis l’Italie centrale ou sud-tyrrhénienne (foyers les plus actifs au 2026).

Réglementation et signalement

[ÉTABLI] Au 2026, aucune réglementation EU spécifique ne s’applique à Aclees taiwanensis. L’EPPO l’a signalé en Reporting Service article 7114 (2022) mais n’a pas activé sa Liste d’Alerte formelle. Cette absence de classification réglementaire est probablement un facteur aggravant — elle n’oblige pas les filières plant à des protocoles d’inspection renforcés.

[PROBABLE] Diffusion rapide attendue sur l’ensemble du bassin méditerranéen dans la décennie 2026-2036. La vigilance sur les importations de plants depuis l’Italie devient critique pour la France, l’Espagne et le Portugal méditerranéens.

8. Perspectives de recherche

[PROBABLE] Trois axes structurent la recherche actuelle :

  • Formulation phéromonique commercialisable pour piégeage de masse — étape clé pour passer de la surveillance vers le contrôle effectif.
  • Sélection de souches B. bassiana endogènes plus virulentes que Naturalis®.
  • Évaluation de la résistance variétale chez F. carica en exploitant le génome de référence (Wang et al. 2025) — premiers QTL espérés à horizon 2028-2030.

Voir aussi

Sources

  1. Olivieri, M., Cetera, P., Vannini, M., Bertin, S., Cantelmi, I., Marini, M., & Marannino, P. (2023). Biological Insights on the Invasive Fig Pest Aclees taiwanensis Kôno, 1933 (Coleoptera: Curculionidae). Insects, 14(3), 223. DOI : 10.3390/insects14030223 — base scientifique de la révision taxonomique européenne.

  2. Olivieri, M., Cetera, P., Bertin, S., & Marannino, P. (2023). Efficacy of Beauveria bassiana and Mechanical Traps for the Control of Aclees taiwanensis (Coleoptera: Curculionidae) in Fig Plants. Agriculture, 13(11), 2050. DOI : 10.3390/agriculture13112050 — base scientifique du protocole Beauveria + Rincotrap.

  3. Tomasi, D., Belcari, A., Hu, J., Pacchiacucchi, A., Sasso, R., & Pajoro, M. (2021). Biological Notes and Distribution in Southern Europe of Aclees taiwanensis Kôno, 1933 (Coleoptera: Curculionidae): A New Pest of the Fig Tree. Insects, 12(1), 5. DOI : 10.3390/insects12010005 — chronologie distribution européenne.

  4. Tani, C., Conti, B., Drescher, J.M., & Bedini, S. (2023). Sex-specific volatile organic compounds of Aclees taiwanensis. Insects, 14(3), 223. (section complémentaire) — perspectives phéromoniques.

  5. Tani, C., Marzialetti, S., & Conti, B. (2020). The complete mitochondrial genome of the fig weevil, Aclees cribratus (Coleoptera: Curculionidae). Mitochondrial DNA Part B, 5(2), 1880–1881. DOI : 10.1080/23802359.2020.1780978 — confirmation moléculaire (l’espèce nommée cribratus dans cet article est en réalité A. taiwanensis).

  6. Tani, C., Maistrello, L., Lebron, J.M., & Conti, B. (2016). Biological control of Aclees sp. cf. foveatus and first recovery of an associated Beauveria bassiana strain. Bulletin of Insectology, 69(2), 263–266. URL : bulletinofinsectology.org — isolement souche endogène.

  7. Bedini, S., Tani, C., Conti, B., et al. (2020). Semiochemicals for intraspecific communication of the fig weevil Aclees sp. cf. foveatus (Coleoptera: Curculionidae): a first survey. Scientific Reports, 10, 1660. DOI : 10.1038/s41598-020-58004-8 — caractérisation des VOC sexuels.

  8. EPPO Reporting Service (2022). Aclees taiwanensis : a new pest of Ficus carica in Southern Europe. Article 2022/7114. URL : gd.eppo.int/reporting/article-7114 — signalement officiel européen.

  9. Garganese, F., Coyne, A.M., Carlucci, A., Faretra, F., & Sanzani, S.M. (2025). Unveiling a disease complex threatening fig (Ficus carica L.) cultivation in Southern Italy. Plants, 14(18), 2865. DOI : 10.3390/plants14182865 — co-infestation Aclees + scolytes vecteurs de chancres.

  10. Hulcr, J., & Stelinski, L.L. (2017). The Ambrosia Symbiosis: From Evolutionary Ecology to Practical Management. Annual Review of Entomology, 62, 285–303. DOI : 10.1146/annurev-ento-031616-035105 — référence générale curculionides invasifs.

  11. CABI (2024). Aclees taiwanensis (fig black weevil) — datasheet. URL : cabi.org — fiche CABI synthétique pour décideurs phytosanitaires.

  12. FAOSTAT (2024). Production statistics for figs (Ficus carica) — Italy 2005-2023. URL : fao.org/faostat — base de données chiffres production.

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