Hormones végétales chez Ficus carica
Fiabilité : haute
Hormones végétales chez Ficus carica
En bref. Cinq grandes familles d’hormones végétales structurent la physiologie du figuier : auxines (croissance racinaire, bouturage IBA), gibbérellines (croissance des syconia, induction de parthénocarpie via GA₃ chez les types San Pedro), cytokinines (cultures in vitro, retard sénescence), acide abscissique (ABA) (réponse hydrique, dormance) et éthylène — mais la figue est un fruit non-climactérique strict, donc aucun pic d’éthylène à maturation et pas de mûrissement post-récolte. La recherche transcriptomique récente (Cui 2018, Plant Communications 2025) éclaire les bases moléculaires de la parthénocarpie hormonale et identifie le facteur NAC FcJA2 comme régulateur central de la tolérance à la sécheresse.
1. Les cinq grandes familles hormonales chez le figuier
[ÉTABLI] La physiologie hormonale de Ficus carica est documentée pour les cinq grandes familles de phytohormones classiques, avec un mélange de données spécifiques au figuier et de transferts de connaissances depuis les plantes modèles (Arabidopsis, tomate, raisin).
1.1 Auxines (IAA, IBA)
[ÉTABLI] Les auxines (principalement l’acide indole-3-acétique IAA endogène et l’acide indole-3-butyrique IBA d’usage horticole) régulent :
- Croissance racinaire et géotropisme.
- Initiation d’enracinement adventif sur boutures — base de tout protocole de bouturage du figuier.
- Différenciation des tissus (cambium vasculaire, tissu de cicatrisation).
- Parthénocarpie : une concentration endogène élevée d’auxine dans les ovaires non fertilisés mime le signal hormonal normalement déclenché par la pollinisation (Cui et al. 2018 ; Sharif et al. 2022).
[ÉTABLI] Application pratique : IBA en poudre 0,3 à 0,8 % ou en solution rapide ~3 000 ppm, appliqué à la base des boutures de figuier, accélère significativement l’enracinement (Hartmann & Kester 2014, référence internationale).
1.2 Gibbérellines (GA)
[ÉTABLI] Les gibbérellines (notamment GA₃, GA₁, GA₄) interviennent dans :
- Croissance et expansion des syconia en phase de grossissement.
- Levée de dormance des bourgeons à la sortie de l’hiver.
- Induction expérimentale de la parthénocarpie chez les figuiers San Pedro : Cui et al. (2018, BMC Plant Biology) ont démontré qu’une application de GA₃ à l’anthèse sur la récolte principale (main crop) de San Pedro déclenche la formation de syconia parthénocarpiques sans caprification. La GA₃ exogène provoque une hausse marquée du GA₃ endogène dans les fleurs femelles et le réceptacle, accompagnée d’une baisse simultanée de l’IAA, de la zéatine (cytokinine) et de l’ABA.
[ÉTABLI] Mécanisme moléculaire associé à cette induction : régulation négative de GA2ox, BAS1, NCED et ACO, régulation positive de ABA 8’-hydroxylase et de AUX/IAA. La répression de la biosynthèse d’ABA et d’éthylène, combinée à la suppression du catabolisme des gibbérellines, oriente l’ovaire vers le grossissement plutôt que l’abscission.
1.3 Cytokinines
[ÉTABLI] Les cytokinines (kinétine, BAP/benzylaminopurine, zéatine) régulent :
- Division cellulaire dans les méristèmes.
- Retard de la sénescence foliaire et post-récolte.
- Multiplication végétative en culture in vitro : tous les protocoles standards de micropropagation du figuier incluent une combinaison BAP + IBA + (parfois GA₃) sur milieu de base MS modifié (cf. fiche dédiée culture-in-vitro-figuier).
[PROBABLE] Application post-récolte des cytokinines pour prolonger la conservation des figues fraîches : étudiée chez d’autres fruits non-climactériques mais pas encore opérationnelle chez le figuier en pratique commerciale.
1.4 Acide abscissique (ABA)
[ÉTABLI] L’ABA joue plusieurs rôles documentés chez F. carica :
- Réponse au stress hydrique : signal racinaire transmis vers les feuilles, déclenchant la fermeture des stomates en quelques dizaines de minutes. Cf. fiche physiologie-stress-hydrique pour le détail biophysique.
- Induction et maintien de la dormance hivernale des bourgeons.
- Maturation des syconia : rôle débattu chez le figuier — la figue étant non-climactérique, les voies classiques ABA-éthylène n’opèrent pas comme chez les fruits climactériques.
- Tolérance à la sécheresse : Abdolinejad & Shekafandeh (2022) montrent que les figuiers tétraploïdes obtenus in vitro présentent des niveaux plus élevés d’ABA, d’acide salicylique et d’acide jasmonique sous stress hydrique simulé (PEG), corrélés à une meilleure tolérance.
1.5 Éthylène — fruit non-climactérique
[ÉTABLI] La figue est un fruit non-climactérique classique, propriété fondamentale qui détermine toute la chaîne post-récolte :
- Pas de pic d’éthylène à maturation (contraste avec banane, pomme, avocat, kiwi).
- La figue ne mûrit PAS après cueillette : elle doit être cueillie au stade exact de maturation finale.
- L’application exogène d’éthylène ne déclenche pas la maturation interne et ne fait qu’accélérer l’abscission et le ramollissement superficiel.
- Conséquence opérationnelle : aucun usage d’éthylène (ou de son générateur l’éthéphon) dans la chaîne logistique du figuier, contrairement aux fruits climactériques.
2. Parthénocarpie hormonale — état de l’art
[ÉTABLI] La parthénocarpie des variétés Commun (Brown Turkey, Negronne, Madeleine, Ronde de Bordeaux…) — production de syconia sans pollinisation — est un caractère hormonal et génétique convergent :
- Hypothèse principale soutenue par les transcriptomes (Cui 2018) : une production endogène élevée d’auxines et de gibbérellines dans les ovaires non-fertilisés mime le signal hormonal post-pollinisation.
- Inhibition concomitante de la biosynthèse d’ABA et d’éthylène, qui sont normalement les inducteurs de l’abscission des ovaires non fertilisés.
- Sharif et al. (2022, Horticulture Research) synthétisent les interactions hormonales dans la parthénocarpie horticole multi-espèces : les figues partagent les mêmes mécanismes globaux que la tomate, la pastèque parthénocarpique et le concombre.
[PROBABLE] Bases génétiques en cours d’élucidation : la génétique fonctionnelle identifie des gènes candidats régulant la biosynthèse des auxines et la sensibilité au signal GA. Ces gènes constituent la base de futurs programmes de breeding visant à induire la parthénocarpie chez des types Smyrne ou San Pedro pour libérer ces variétés de la dépendance à Blastophaga psenes.
3. Brassinostéroïdes — voie complémentaire
[ÉTABLI] Les brassinostéroïdes (BR) sont une famille hormonale moins classique mais documentée chez le figuier. Une étude (Horticulturae 2021, 7(4):73) sur le cultivar ‘Improved Brown Turkey’ montre qu’une application foliaire de brassinolide combinée à un enrichissement court en CO₂ (800 ppm) améliore les paramètres de photosynthèse, conductance stomatique et efficience d’utilisation de l’eau (WUE) sous stress hydrique modéré.
[PROBABLE] L’usage agronomique des brassinostéroïdes reste expérimental sur figuier (peu d’études), mais les résultats sont prometteurs pour les régions à été sec et constituent une piste de recherche active.
4. Régulateurs de croissance et tolérance à la sécheresse
[ÉTABLI] Abdolinejad & Shekafandeh (2022, Frontiers in Plant Science) ont comparé en culture in vitro des diploïdes et des tétraploïdes induits des cultivars iraniens ‘Sabz’ et ‘Torsh’ sous stress hydrique simulé (PEG). Résultats :
- Les tétraploïdes présentent une supériorité nette sous stress hydrique sur tous les indicateurs morphologiques et biochimiques mesurés.
- Cette supériorité est associée à des concentrations plus élevées de trois hormones de stress : ABA, acide salicylique (SA), acide jasmonique (JA).
- Combinaison avec un ajustement osmotique robuste (proline, sucres solubles, glycine bétaïne) et un système enzymatique antioxydant renforcé.
[ÉTABLI] Plant Communications (2025) identifie le facteur de transcription NAC FcJA2 comme régulateur central de la tolérance à la sécheresse, activant FcPP2C5 et FcP5CS et améliorant le scavenging des ROS. Sa surexpression augmente significativement la résistance hydrique des plants transgéniques.
5. Applications pratiques actuelles
[ÉTABLI] Les hormones végétales sont mobilisées en pratique horticole sur figuier selon les modalités suivantes :
| Hormone / régulateur | Usage | Cadre | Référence indicative |
|---|---|---|---|
| IBA poudre 0,3-0,8 % | Trempage de la base des boutures | Bouturage classique | Hartmann & Kester 2014 |
| IBA solution rapide ~3 000 ppm | 5-10 s sur boutures semi-aoûtées | Pépinière commerciale | Hartmann & Kester 2014 |
| BAP + IBA + (GA₃) | Milieu MS modifié | Culture in vitro | Cf. fiche culture-in-vitro-figuier |
| GA₃ à l’anthèse | Induction parthénocarpie main crop San Pedro | Recherche / programmes breeding | Cui et al. 2018 |
| Brassinolide foliaire | Amélioration WUE sous stress hydrique | Expérimental | Horticulturae 2021, 7(4):73 |
| Éthylène / éthéphon | — | PAS d’usage (fruit non-climactérique) | Consensus filière |
[ÉTABLI] Le caractère non-climactérique de la figue rend obsolète tout traitement post-récolte à l’éthylène, contrairement à ce qui est fait sur banane, kiwi ou avocat.
6. Perspectives 2026-2030
[PROBABLE] Trois axes de recherche actifs ou attendus :
- Cartographie fonctionnelle complète des voies hormonales liées à la parthénocarpie, permettant un breeding ciblé pour libérer les types San Pedro et Smyrne de la dépendance à la caprification.
- Étude systématique des brassinostéroïdes comme régulateurs de tolérance hydrique et thermique sous climat méditerranéen en réchauffement.
- Validation in planta des cibles moléculaires identifiées par les assemblages chromosome-level 2023-2025 (FcJA2, FcPP2C5, FcP5CS, FcANS, FcMS).
Voir aussi
- Physiologie du stress hydrique du figuier
- Maturation post-récolte de la figue
- Culture in vitro du figuier
- Pan-génomique de Ficus carica
- Parthénocarpie
- Bouturage et propagation
- Plançon — bouturage de gros diamètre
Sources
- Cui Y., Wang Z., Chen S. et al. (2018) — Transcriptome analysis unravels spatiotemporal modulation of phytohormone-pathway expression underlying gibberellin-induced parthenocarpic fruit set in San Pedro-type fig (Ficus carica L.). BMC Plant Biology 18:106. DOI : 10.1186/s12870-018-1318-1
- Sharif R., Su L., Chen X., Qi X. (2022) — Hormonal interactions underlying parthenocarpic fruit formation in horticultural crops. Horticulture Research 9:uhab024. DOI : 10.1093/hr/uhab024
- Abdolinejad R., Shekafandeh A. (2022) — Tetraploidy confers superior in vitro water-stress tolerance to the fig tree (Ficus carica) by reinforcing hormonal, physiological, and biochemical defensive systems. Frontiers in Plant Science 12:796215. DOI : 10.3389/fpls.2021.796215
- (2025) — A chromosome-level genome assembly for Ficus carica provides genetic insights into flowerless fig-fruit development, psoralen biosynthesis, and drought tolerance. Plant Communications. DOI : 10.1016/j.xplc.2025.101470
- Hartmann H.T., Kester D.E., Davies F.T., Geneve R.L. (2014) — Plant Propagation: Principles and Practices, 8ᵉ éd. Pearson, Boston. ISBN : 978-0135014493. (Référence de base pour les protocoles IBA et la propagation végétative.)
- (2021) — Biochemical responses and leaf gas exchange of fig (Ficus carica L.) to water stress, short-term elevated CO₂ levels and brassinolide application. Horticulturae 7(4):73. DOI : 10.3390/horticulturae7040073
- Ammar A. et al. (2019) — Comparative physiological behavior of fig (Ficus carica L.) cultivars in response to water stress and recovery. Scientia Horticulturae. Référence ScienceDirect : S0304423819307678
Pour aller plus loin
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