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Morphologie de la feuille du figuier — clef d'identification variétale

Fiabilité : haute

Morphologie de la feuille du figuier — clef d’identification variétale

En bref. La feuille du figuier (Ficus carica L.) est l’un des principaux descripteurs morphologiques pour l’identification variétale, avec jusqu’à 33 descripteurs IPGRI codifiés. Elle se distingue par une lobation 0-7 (entière, trilobée, pentalobée, heptalobée), des sinus de profondeur variable, une base souvent cordée à calcarate, et un indument plus ou moins développé sur la face inférieure. Au sein du genre Ficus, F. carica est l’unique espèce à feuilles lobées — toutes les autres ont des feuilles entières. Les travaux récents (Bertucci et al. 2025) utilisent le machine learning sur les traits morphologiques foliaires pour discriminer des cultivars italiens avec une précision supérieure à 90 %.

[ÉTABLI] La feuille du figuier est un outil d’identification clé pour les pomologues et les collectionneurs : son polymorphisme spectaculaire au sein d’un même cultivar (selon position sur le rameau, âge, vigueur) impose un protocole de mesure standardisé. Les descripteurs foliaires sont complémentaires aux descripteurs du fruit (couleur, calibre, forme, pulpe) et précèdent souvent l’identification fructifère car la feuille est observable de mars à novembre.

1. Structure anatomique générale

[ÉTABLI] La feuille du figuier présente l’architecture suivante :

ÉlémentCaractéristique
DispositionPhyllotaxie alterne, hélicoïdale (angle ~137,5°)
TypeSimple, palmatilobée à palmatifide
Forme généraleVariable — entière à profondément lobée
Taille10-30 cm de longueur × 8-25 cm de largeur (lame)
PétioleLong, 5-15 cm, robuste, souvent rougeâtre à la base
LimbeÉpais, légèrement coriace, scabre (rugueux au toucher)
MargeSinuée à dentée selon cultivar
BaseCordée à calcarate (deux excroissances arrondies de chaque côté du pétiole)
Face supérieureVert foncé, glabre à pubescente, légèrement luisante
Face inférieureVert plus clair, indument pubescent (poils blanchâtres) plus ou moins dense
NervationPalmée — 3 à 7 nervures principales partant de la base
StipulesCaduques précocement, laissant cicatrice annulaire à la base du pétiole

[ÉTABLI] La base calcarate (latin calx = talon) est un caractère distinctif du figuier : deux lobes basaux arrondis flanquent le pétiole en formant une silhouette en cœur. La profondeur de la sinus basal entre ces calcarates est elle-même un descripteur variétal.

2. Lobation — descripteur fondamental d’identification

[ÉTABLI] Le nombre de lobes principaux de la feuille de figuier est le critère discriminant majeur dans les clés d’identification variétale. Les recherches récentes (Bertucci et al. 2025) ont classé les cultivars italiens en deux classes principales :

  • Cultivars à feuilles trilobées (3 lobes) : caractérisés par 23 descripteurs morphométriques discriminants.
  • Cultivars à feuilles pentalobées (5 lobes) : caractérisés par 33 descripteurs morphométriques discriminants.

Quelques cultivars ont des feuilles entières (0 lobe), bilobées (2) ou heptalobées (7) — situations plus rares mais documentées.

Type de lobationExemples de cultivars
Entière à trilobéeBrown Turkey (jeune feuille), Celeste, Conadria, certains caprifiguiers
TrilobéeBourjassotte Noire (variable), nombreux cultivars italiens
Trilobée à pentalobéeBlack Mission, Brunswick, Vasilika
Pentalobée typiqueNoir de Caromb, Kalamon, Sari Lop, Roxo de Valinhos, Adriatic
Pentalobée à heptalobéeCertains caprifiguiers, Ficus féraux
HeptalobéeCaprifiguiers atypiques (rare)

[ÉTABLI] Variation intra-arbre : un même figuier porte couramment des feuilles de lobations différentes sur ses rameaux. Les feuilles basales (vieux bois) sont souvent moins lobées que les feuilles distales (jeune bois). Les feuilles des rejets vigoureux (gourmands) tendent à être plus profondément découpées. Cette variation impose de mesurer 20 feuilles matures par arbre (norme IPGRI) en privilégiant la position médiane du rameau de l’année.

3. Sinus foliaires — profondeur et forme

[ÉTABLI] Les sinus (échancrures) entre les lobes constituent un descripteur quantitatif majeur. On distingue :

  • Sinus basal : entre les deux calcarates de la base.
  • Sinus latéraux postérieurs : entre les lobes basaux et les lobes latéraux moyens.
  • Sinus latéraux antérieurs : entre les lobes latéraux moyens et le lobe terminal (apical).

[ÉTABLI] La profondeur du sinus est codifiée IPGRI en 5 classes :

  1. Très superficiel (<10 % de la longueur du lobe).
  2. Superficiel (10-25 %).
  3. Moyen (25-50 %).
  4. Profond (50-75 %).
  5. Très profond (>75 %, lobes presque séparés).

[ÉTABLI] La forme du sinus est aussi descripteur : sinus en U ouvert, en V, en U fermé, ou avec dent intermédiaire (présence d’un mini-lobe entre deux lobes principaux).

4. Lobe terminal — forme caractéristique

[ÉTABLI] Le lobe terminal (apical, central) reçoit un descripteur de forme spécifique :

FormeDescription
RhombiqueLosange étroit, base et sommet pointus (ex. Azegzaw, Noir de Caromb juvénile)
LyréEn forme de lyre, base étroite et sommet large (ex. Kadota)
SpatuléÉtroit à la base, élargi et arrondi au sommet (ex. certains caprifiguiers)
LinguiformeTrès allongé, en langue (ex. variétés africaines)
ObtusCourt, sommet arrondi (ex. Celeste, Brown Turkey jeune)
AcuminéLong, sommet aigu pointu (ex. Vasilika)

5. Descripteurs complémentaires IPGRI

[ÉTABLI] Le référentiel IPGRI (Bioversity International, Descriptor list for fig, 2003) liste 16 descripteurs foliaires mesurés sur 20 feuilles matures par cultivar :

  • Longueur totale du limbe.
  • Largeur maximale du limbe.
  • Longueur du pétiole.
  • Diamètre du pétiole.
  • Couleur du pétiole (vert / rougeâtre / bigarré).
  • Nombre total de lobes.
  • Longueur du lobe central.
  • Longueur des lobes latéraux 1, 2, 3, 4 (paires successives).
  • Profondeur des sinus latéraux postérieurs et antérieurs.
  • Profondeur du sinus basal.
  • Indument (densité de pubescence face inférieure).
  • Couleur de la face supérieure (vert foncé / vert moyen / vert clair / panaché).
  • Marge du limbe (entière / dentée / sinuée).
  • Forme du lobe central.

[PROBABLE] Cette grille IPGRI est rarement renseignée intégralement par les pépiniéristes amateurs ou commerciaux ; sa mise en œuvre rigoureuse reste essentiellement le fait des collections institutionnelles (INRAE Bordeaux, USDA Davis, IRTA, CBN Porquerolles) et des programmes de caractérisation moléculaire (Khadari, Achtak, Litopoulos).

6. Approches modernes — vision par ordinateur et machine learning

[ÉTABLI] Bertucci et al. (2025, Plants) ont franchi une étape méthodologique majeure en appliquant le machine learning à la classification de cultivars italiens à partir d’images de feuilles :

  • Échantillonnage de centaines de feuilles par cultivar.
  • Extraction automatisée de 33 traits morphométriques (lobes pentalobés) ou 23 (trilobés).
  • Algorithmes de classification supervisée (random forest, support vector machines).
  • Précision de discrimination > 90 % entre cultivars italiens patrimoniaux.

[PROBABLE] Cette approche ouvre la voie à des applications mobiles d’identification variétale pour le grand public (analogue à PlantNet/iNaturalist mais spécialisé figuier). Plusieurs équipes en Europe et aux USA développent des prototypes ; aucune solution mature largement diffusée n’existe à la date de rédaction (mai 2026).

[ÉTABLI] Les méthodes spectrales (Frontiers in Plant Science 2018, étude 18 Ficus) complètent la morphométrie : la réflectance NIR et les signatures hyperspectrales des feuilles permettent une discrimination interspecifique au sein du genre Ficus, exploitable potentiellement pour authentifier des cultivars à l’avenir.

Voir aussi

Sources

  1. Bertucci A. et al. (2025)Description of Ficus carica L. Italian Cultivars — I: Machine Learning Based Analysis of Leaf Morphological Traits. Plants 14. PMC : PMC11819687 (machine learning sur 23/33 descripteurs foliaires italiens)
  2. IPGRI (2003)Descriptors for Fig (Ficus carica L.). International Plant Genetic Resources Institute, Rome, Italy. ISBN : 92-9043-562-1 (référence internationale standardisée — comprend 16 descripteurs foliaires)
  3. Aljane F., Toumi I., Ferchichi A. (2010)Morphological Variability of Fig (Ficus carica L.) Cultivars. ResearchGate : 249020913
  4. Mars M., Boughendjioua H., Marrakchi M. (2012)Morphological and Pomological Diversity of Fig (Ficus carica L.) Cultivars in Northwest of Tunisia. ISRN Agronomy 2012 : 326461. DOI : 10.5402/2012/326461
  5. Khan I.A., Aslam S., Mateen M. (2018)Eighteen Ficus species used to study the morphological diversity through spectral signatures. ResearchGate : 330003271
  6. Darjazi B.B. (2013)A survey and morphological evaluation of fig (Ficus carica L.) genetic resources in Mazandaran, Iran. African Journal of Agricultural Research. URL : academicjournals.org/article1380961172_Darjazi.pdf
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