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Phénologie du figuier — cycle annuel et déterminants

Fiabilité : haute

Phénologie du figuier — cycle annuel et déterminants

En bref. La phénologie du figuier (Ficus carica L.) suit l’échelle internationale BBCH standardisée pour les espèces ligneuses fruitières. Le cycle annuel comporte 8 grandes phases : développement des bourgeons, des feuilles, des pousses, des bourgeons fructifères, floraison, développement et maturation des fruits, dormance. Le figuier est typiquement bifère : la brebas se différencie sur le bois de l’année précédente (différenciation à l’automne, maturation en juin-juillet), la récolte principale sur le bois de l’année (différenciation et maturation simultanées au printemps-été). Le stade BBCH 81-89 (maturation) est marqué par une courbe de croissance double sigmoïde caractéristique du genre Ficus, régulée par auxine, gibbérellines et éthylène. Les exigences thermiques cumulées (2 064-2 197 °C·jour selon cultivar) et les chill hours déterminent la précocité variétale.

[ÉTABLI] Comprendre la phénologie du figuier est essentiel pour trois raisons pratiques : (1) planifier les interventions culturales (taille, fertilisation, irrigation, récolte) au bon moment, (2) adapter le choix variétal à un climat donné en fonction des exigences en chill hours et somme thermique, et (3) anticiper les risques (gel tardif sur débourrement, canicule sur maturation, dormance insuffisante en climat trop doux).

1. L’échelle BBCH appliquée au figuier

[ÉTABLI] L’échelle BBCH (Biologische Bundesanstalt, Bundessortenamt und CHemische Industrie) est le système international standardisé de codification des stades phénologiques des plantes cultivées. Özturk et al. (2024, Journal of Agricultural Faculty of Gaziosmanpaşa University) ont formellement adapté cette échelle au figuier avec les 10 stades principaux :

Code BBCHStade phénologiqueCalendrier indicatif (Méditerranée)
0Développement des bourgeons (dormance)Décembre-février
1Développement des feuilles (débourrement)Mars-avril
3Développement de la pousse principaleAvril-mai
5Apparition des inflorescences (= bourgeons fructifères)Avril-juin
6Floraison (= ouverture de l’ostiole)Mai-juillet
7Développement du fruitJuin-août
8Maturation du fruitJuillet-octobre
9Sénescence et entrée en dormanceNovembre-décembre

[ÉTABLI] La floraison du figuier est un événement discret au sens externe : elle se traduit par l’ouverture de l’ostiole (orifice apical) du jeune syconium. Pour un observateur non averti, le figuier semble « passer directement de bourgeon à fruit » — ce qui reflète la structure inversée unique du fig où les fleurs sont internes (dans la cavité du syconium) et non visibles.

2. Particularité du figuier — différenciation des bourgeons

[ÉTABLI] Le figuier présente une particularité botanique majeure parmi les fruitiers tempérés : son bourgeon apical se différencie après le réveil printanier en soit un bourgeon végétatif (feuille), soit un bourgeon fructifère (fleur) — sans signalisation morphologique externe préalable. C’est seulement après le débourrement que l’observateur peut distinguer un rameau « feuillu pur » d’un rameau « fructifère » (Cinotti et al. 2020, Frontiers in Plant Science).

[ÉTABLI] Cette dynamique se traduit par deux types de bourgeons fructifères distincts :

2.1 Brebas — sur bois de deux ans

ÉlémentDétail
Bois porteurBois de l’année précédente (n-1)
DifférenciationAutomne (n-1) → dormance hivernale → reprise printanière (n)
Floraison (ouverture ostiole)Avril-juin (n)
MaturationJuin-juillet (n) — 6-10 semaines après ouverture ostiole
Quantité par arbreModeste à modérée selon cultivar
Calibre fruitSouvent gros (avantage commercial dessert)

2.2 Récolte principale (main crop) — sur bois de l’année

ÉlémentDétail
Bois porteurBois de l’année (pousses débourrées en mars-avril n)
DifférenciationPrintemps (n) en parallèle de la croissance végétative
FloraisonJuin-août (n)
MaturationAoût-octobre (n) — récolte échelonnée 4-8 semaines
Quantité par arbreAbondante (récolte commerciale principale)
Calibre fruitVariable, généralement moyen-gros

[ÉTABLI] La taille drastique pratiquée au Brésil (cf. fiche Région Brésil-Valinhos) sacrifie volontairement la brebas pour concentrer la vigueur sur la récolte principale. À l’inverse, la taille douce traditionnelle française (cf. fiche Vaucluse) préserve la brebas dans la perspective d’une production échelonnée.

[ÉTABLI] Certains cultivars sont unifères (récolte principale uniquement, brebas absente ou anecdotique) ; d’autres sont brebas-dominants (brebas commerciale majeure, main crop secondaire). Voir fiche Types variétaux du figuier.

3. Développement du fruit — courbe double sigmoïde

[ÉTABLI] La croissance du syconium suit une courbe double sigmoïde typique du genre Ficus (Marcotuli et al. 2020, Frontiers in Plant Science) :

  • Phase I (croissance rapide) : multiplication cellulaire intense, expansion du jeune syconium, durée ~3-4 semaines.
  • Phase II (croissance lente, plateau) : différenciation interne, formation des fleurs internes, durée 1-3 semaines.
  • Phase III (croissance rapide) : élargissement cellulaire, accumulation de sucres, maturation finale, durée ~2-4 semaines.

[ÉTABLI] Le passage de la phase II vers III est marqué par un changement biochimique majeur : montée de l’éthylène, dégradation des chlorophylles (changement de couleur de la peau), accumulation d’anthocyanes (cultivars colorés), augmentation rapide du Brix (sucres solubles), ramollissement de la pulpe par activité polygalacturonase.

4. Régulation hormonale du développement

[ÉTABLI] Le développement du fruit du figuier est piloté par une interaction complexe d’hormones végétales (Marcotuli et al. 2020, Cui et al. 2022) :

HormoneRôle principalStade clé
Auxines (AUX, IAA)Mise à fruit, division cellulaire précocePhase I
Gibbérellines (GA)Parthénocarpie, expansion cellulairePhase I-II
CytokininesDivision cellulaire, fixation des fleursPhase I
Éthylène (ETH)Déclenchement de la maturation, ramollissementPhase III
ABA (acide abscissique)Régulation stress hydrique, sénescencePhase III + dormance
Jasmonates (JA)Modulation défenses, signalisation finalePhase III

[ÉTABLI] Les gènes FcARF2, FcARF11 et FcARF12 (Auxin Response Factors) sont fortement exprimés en phase précoce de développement et diminuent après maturation. La famille FcJAZ (jasmonates) montre une régulation négative significative entre les stades 3 et 5 du fruit femelle (Cui et al. 2022, Genes) — confirmant le rôle complémentaire des deux familles dans l’orchestration du développement.

[ÉTABLI] La parthénocarpie (production de fruits sans pollinisation, propre aux cultivars communs) est associée à un niveau endogène élevé de GA dans le jeune syconium, qui suffit à déclencher l’expansion sans signal pollinique (Chai et al. 2018, Plant Cell Reports).

5. Synchronisation phénologique avec le caprifiguier

[ÉTABLI] Pour les cultivars Smyrne et San Pedro qui nécessitent la caprification (cf. fiches Blastophaga psenes et Caprification), la synchronisation phénologique entre figuier commercial et caprifiguier associé est critique. L’ouverture de l’ostiole du syconium commercial doit coïncider avec l’émergence des guêpes pollinisatrices chargées de pollen depuis les mâles caprifiguiers (stade mamme ou profichi selon la saison).

[ÉTABLI] El Mendoub et al. (2024, Horticulturae) ont modélisé par réseaux de neurones artificiels (ANN) cette synchronisation au Maroc du Nord, identifiant les paramètres climatiques majeurs (chill hours hivernaux, températures printanières, photopériode) qui prédisent les fenêtres de coïncidence phénologique — outil prometteur pour la gestion adaptative des vergers Smyrne en contexte de changement climatique.

[ÉTABLI] Lemkhanter et al. (2025, Applied Fruit Science) ont conduit une étude phénologique multi-annuelle (5 ans) sur la synchronisation fig-caprifig au Maroc du Nord, démontrant des décalages variétaux et interannuels significatifs en lien avec la variabilité climatique — données critiques pour planifier les caprification artificielles si les fenêtres naturelles deviennent décalées.

6. Exigences climatiques cumulées

[ÉTABLI] Le développement phénologique complet d’un figuier requiert :

  • Chill hours hivernales (heures sous 7,2 °C) : 100-600 h selon cultivar (cf. fiche Chill hours du figuier). Cultivars à faibles besoins : Roxo de Valinhos, Pingo de Mel (~100-200 h). Cultivars à besoins élevés : Troyano, certains européens du nord (~400-600 h).
  • Somme thermique annuelle : entre 2 064 et 2 197 °C·jour au-dessus de 7 °C (Sezer et al. 2022, Bursa Siyahı) sont nécessaires pour compléter le cycle végétatif et fructifère complet.
  • Photopériode : effet secondaire mais réel sur l’entrée en dormance automnale.

[ÉTABLI] Lorsque les chill hours sont insuffisants (climats tropicaux sans saison froide marquée), le figuier reste fonctionnel mais présente des anomalies phénologiques : débourrement asynchrone, floraison étalée et irrégulière, faible différenciation brebas/main crop, production réduite. C’est l’une des principales contraintes pour l’expansion du figuier en zone tropicale humide.

7. Phénologie en contexte de changement climatique

[PROBABLE] Les observations de terrain depuis ~2015 dans les principaux bassins méditerranéens (Italie, Espagne, France, Grèce, Maroc, Tunisie) montrent une avance phénologique moyenne de 5 à 15 jours par rapport aux normales 1990-2010 :

  • Débourrement plus précoce → risque accru de gel tardif (cf. fiche Gel tardif printanier).
  • Maturation principale plus précoce et plus concentrée (canicules estivales).
  • Réduction des chill hours dans les zones méridionales → préoccupation pour les cultivars à besoins élevés.
  • Décalage de la synchronisation fig-caprifig dans certaines régions Smyrne.

[PROBABLE] Plusieurs équipes (INRAE Montpellier, ENA Meknès, Aydın ADÜ) modélisent désormais la phénologie attendue à 2050 selon les scénarios IPCC pour orienter les choix variétaux et les zones d’expansion futures.

Voir aussi

Sources

  1. Özturk M. et al. (2024)Fig (Ficus carica L.) phenology: BBCH Scale modeling and validation in Aegean region. Journal of Agricultural Faculty of Gaziosmanpaşa University. URL : dergipark.org.tr/en/download/article-file/5277367 (adaptation BBCH au figuier, 10 stades validés)
  2. Cinotti C., Calzolari F., Caboni E. et al. (2020)Fruit Development in Ficus carica L.: Morphological and Genetic Approaches to Fig Buds for an Evolution From Monoecy Toward Dioecy. Frontiers in Plant Science 11 : 1208. DOI : 10.3389/fpls.2020.01208 ; PMC : PMC7472462
  3. Marcotuli I. et al. (2020)Tissue-Specific Transcriptome and Hormonal Regulation of Pollinated and Parthenocarpic Fig (Ficus carica L.) Fruit Suggest that Fruit Ripening Is Coordinated by the Reproductive Part of the Syconium. Frontiers in Plant Science 7 : 1696. DOI : 10.3389/fpls.2016.01696 ; PubMed : 27965676
  4. Cui Z., Wang Y., Ye M., Liu D., Zhang Z., Yi C. (2022)Genome-wide analysis of JAZ family genes expression patterns during fig (Ficus carica L.) fruit development and in response to hormone treatment. BMC Genomics 23 : 170. PMC : PMC8889711
  5. Lemkhanter M., El Yaacoubi A., El Bakali A. (2025)Phenological Study of Ficus carica L. in Northern Morocco: Synchronization of Fruiting Periods and Interannual Climatic Influence. Applied Fruit Science 67. DOI : 10.1007/s10341-025-01539-9
  6. El Mendoub A. et al. (2024)Contribution of Artificial Neural Networks (ANNs) in Analyzing and Modeling Phenological Synchronization of Fig and Caprifig in Northern Morocco. Horticulturae 11(10) : 1235. DOI : 10.3390/horticulturae11101235
  7. Sezer C., Engin H., Demir D. (2022)Phenological Development Stages and Effective Temperature Total Demand in Bursa Siyahı Fig Variety. ResearchGate : 361367441 (sommes thermiques 2064-2197 °C·jour)
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Pour aller plus loin

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