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Phomopsis / Diaporthe du figuier

Fiabilité : haute

Phomopsis / Diaporthe du figuier

En bref. Le syndrome « Phomopsis du figuier » est en réalité causé par un complexe d’au moins 5 espèces de Diaporthe (Diaporthaceae). Diaporthe cinerascens est l’agent dominant (~66 % des isolats). Chancres superficiels sur rameaux, moins agressifs que ceux du complexe Botryosphaeria. Diagnostic différentiel par PCR ITS + TUB2. Prophylaxie par taille en saison sèche + désinfection des outils ; pas de fongicide curatif spécifique.

Le syndrome traditionnellement appelé « Phomopsis du figuier » est causé par un complexe d’espèces du genre Diaporthe (Diaporthaceae, Ascomycota), dont les formes anamorphes portent les noms Phomopsis. La taxonomie moléculaire récente a révélé qu’au moins cinq espèces de Diaporthe différentes colonisent le figuier, avec Diaporthe cinerascens comme agent dominant (~66 % des isolats).

Agents causaux — complexe Diaporthe sur figuier

[ÉTABLI] Cinq espèces de Diaporthe documentées sur Ficus carica dans la littérature peer-reviewed récente (2020-2025) :

EspèceSynonymie historiqueFréquenceSource
Diaporthe cinerascens= Phomopsis cinerascens~66 % des isolats — dominanteBolboli et al. 2023 ; détection 2025
Diaporthe foeniculinaModéréeAiello et al. 2024 (Italie)
Diaporthe arengaeMineureMalaisie
Diaporthe tectonendophyticaMineureMalaisie
Diaporthe tulliensisMineureMalaisie

[ÉTABLI] Au-delà de Diaporthe, le complexe « chancres du figuier » inclut d’autres genres affines, notamment Peroneutypa scoparia (Diatrypaceae), signalée pour la première fois sur figuier en 2023 en Iran du nord (Ghaedi et al., New Disease Reports).

[ÉTABLI] Diaporthe cinerascens est également endophyte latent : présente dans des tissus asymptomatiques en attente de conditions de stress favorables au passage en mode pathogène. Cette latence explique l’apparition « soudaine » de chancres après gel ou stress hydrique.

Symptômes

Sur rameaux

[ÉTABLI] Signature clinique typique :

  • Chancres sur rameaux et branches : zones nécrosées brun-noir, écorce déprimée, contours irréguliers
  • Pycnides noires visibles à la loupe sur les lésions (forme anamorphe Phomopsis)
  • Zonation concentrique sur certains chancres de tronc (« type A canker » dans la littérature iranienne)
  • Périthèces (forme téléomorphe Diaporthe) plus rares, observables sur lésions âgées

Dieback

[ÉTABLI] - Mort progressive des extrémités de branches en marche d’escalier

  • Dépérissement des jeunes pousses sortant des zones chancrées
  • Décoloration brune du bois en coupe transversale (moins marquée que pour Ceratocystis)

Sur fruits

[ÉTABLI] Pourriture occasionnelle, plus marquée en post-récolte. Moins systématique que chez Botryosphaeria.

Co-infections

[ÉTABLI] Diaporthe est fréquemment co-isolée avec d’autres pathogènes du complexe chancre (Botryosphaeriaceae, Ceratocystis, Neocosmospora) — les chancres observés en verger sont souvent des infections multiples qui compliquent le diagnostic étiologique précis.

Conditions favorables

[ÉTABLI] Diaporthe spp. sur figuier sont opportunistes, leur expression nécessite généralement un facteur prédisposant :

  • Gel hivernal ou gel printanier tardif (lésions de gel = porte d’entrée majeure)
  • Sécheresse prolongée (stress hydrique)
  • Sur-fertilisation azotée (tissus tendres plus vulnérables)
  • Blessures de taille non protégées, en particulier coupes hivernales humides
  • Climats à hivers humides + alternance gel-dégel (Iran nord, Italie continentale, France méridionale en altitude)

Diagnostic

[ÉTABLI] Méthodes :

  • Symptômes visuels : suspicion forte pour le complexe chancre, insuffisants pour identifier l’espèce précise
  • Isolement sur PDA : colonies grises à brunes avec pycnides noires en culture âgée
  • Morphologie des conidies : alpha-conidies (hyalines, fusiformes) et bêta-conidies (filiformes courbées) — caractéristique du genre Phomopsis/Diaporthe
  • Identification moléculaire : ITS + TEF1-α + TUB2 + HIS3 — gold standard
  • PCR species-specific : développée en 2025 (ScienceDirect) pour Diaporthe cinerascens avec amorces spécifiques permettant la détection sur tissus asymptomatiques (utile pour certifier matériel de propagation)

Gestion

Prophylaxie (intervention principale)

[ÉTABLI] - Taille sanitaire : élimination des branches chancrées avec coupe 20-30 cm sous la zone nécrosée, brûlage des résidus

  • Désinfection rigoureuse des outils entre coupes et entre arbres (éthanol 70 % ou hypochlorite 10 %)
  • Mastic à cicatriser sur grosses coupes
  • Cuivre préventif post-taille hivernale (bouillie bordelaise sur plaies)
  • Protection contre le gel : enveloppement des troncs jeunes, paillage, irrigation antigel quand pertinent
  • Renforcement de la vigueur : irrigation/fertilisation équilibrée, éviter excès azote

Curative

[ÉTABLI] Pas de traitement curatif efficace une fois le chancre installé. L’élagage propre + brûlage reste la stratégie principale.

[ÉTABLI] Les fongicides systémiques (carbendazime, thiophanate-méthyl, triazoles) ont une efficacité limitée et restrictions d’homologation croissantes sur arbres fruitiers.

Matériel de propagation

[ÉTABLI] Compte tenu de la latence endophyte de D. cinerascens (Bolboli et al. 2023 ; détection moléculaire 2025), une certification PCR des plants à la production devient pertinente pour éviter la diffusion silencieuse via le réseau pépinéral.

Variétés sensibles

[PROBABLE] Bolboli et al. (2023, Iran) : étude de susceptibilité de 18 cultivars de figuier au chancre à Diaporthe. Aucune variété n’est immune ; gradients de sensibilité observés. Données détaillées dans la publication.

[INCERTAIN] Pas de variétés franchement résistantes identifiées. Les recommandations empiriques de tolérance varient selon les régions et les opérateurs.

Diagnostic différentiel

[ÉTABLI] Distinguer Phomopsis/Diaporthe des autres chancres :

  • Vs Botryosphaeria (Botryosphaeria) : Phomopsis tend à causer des chancres plus superficiels avec moins de dieback massif, et des pycnides plus fines
  • Vs Ceratocystis (Ceratocystis canker) : Ceratocystis tellurique, progression vasculaire rapide, décoloration bleu-noir caractéristique ; Phomopsis aérien, plus lent, sans coloration bleue
  • Vs Peroneutypa scoparia : agent émergent, signalé pour la première fois en 2023, distingué par structures fructifères différentes (stromas pyrenomycètes)

Voir aussi

Sources

Publications scientifiques peer-reviewed

  1. Bolboli, Z., et al. (2023). Susceptibility of fig cultivars to Diaporthe canker in Iran. Plant Pathology. DOI : 10.1111/ppa.13687 — étude de susceptibilité variétale et dominance de D. cinerascens (~66 % des isolats).

  2. Detection of Diaporthe cinerascens from latent and symptomatic fig tree cankers using species-specific primers (2025). Crop Protection. DOI : 10.1016/j.cropro.2025.107106 — méthode PCR spécifique pour détection en tissus asymptomatiques.

  3. Aiello, D., et al. (2024). Fungal Species Causing Canker and Wilt of Ficus carica and Evidence of Their Association by Bark Beetles in Italy. Plant Disease. DOI : 10.1094/PDIS-01-24-0251-RED. foeniculina parmi les espèces identifiées.

  4. Ghaedi, H., et al. (2023). First report of Peroneutypa scoparia associated with canker disease on Ficus carica in northern Iran. New Disease Reports. DOI : 10.1002/ndr2.12201 — émergence d’un nouveau pathogène du complexe chancres.

  5. Nur-Shakirah, A.O., et al. (2023). Colletotrichum and Diaporthe species associated with fig in Malaysia. Crop Protection / Physiological and Molecular Plant Pathology — documentation de D. arengae, D. tectonendophytica, D. tulliensis.

Sources institutionnelles

  1. CABI CompendiumPhomopsis / Diaporthe spp. — référence taxonomique et host range.
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