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Rouille du figuier

Fiabilité : haute

Rouille du figuier

En bref. La rouille du figuier est une maladie fongique majeure en climat humide, longtemps attribuée à Cerotelium fici mais en réalité causée le plus souvent par Phakopsora nishidana (révolution phylogénétique 2020-2024 — voir cerotelium-vs-phakopsora). Pustules orangées caractéristiques sur la face inférieure des feuilles, défoliation prématurée en cas d’attaque sévère. Le programme breeding LSU AgCenter a produit plusieurs cultivars résistants (LSU Gold, LSU Purple, Champagne, O’Rourke).

La rouille du figuier (Ficus carica) est une maladie fongique majeure en climat humide, longtemps attribuée à Cerotelium fici. Les analyses moléculaires récentes (2020-2025) ont révélé que l’agent causal effectif est souvent Phakopsora nishidana (Phakopsoraceae) — la taxonomie historique confondait les deux genres. Le sujet reste activement étudié, avec révisions taxonomiques en cours.

Agents causaux — taxonomie en cours de clarification

[ÉTABLI] Deux genres de basidiomycètes (Pucciniales) sont aujourd’hui documentés sur le figuier et apparentés :

EspèceFamilleGenreHôtes documentésRéférence
Cerotelium fici (Castagne) ArthurPucciniaceaeCeroteliumFicus carica, plusieurs Ficus spp.Mexique 2017 ; Corée 2025
Phakopsora nishidana S. ItoPhakopsoraceaePhakopsoraFicus carica (Nouvelle-Zélande), F. pumila, F. natalensisNouvelle-Zélande 2018 ; Afrique du Sud 2020-2025

[ÉTABLI] La taxonomie est en révision active. Phakopsora nishidana a été initialement décrite par S. Ito en 1939 sur Ficus carica au Japon, puis fréquemment confondue avec Cerotelium fici. Plusieurs études récentes (2020-2024) confirment par phylogénie moléculaire (rDNA LSU + ITS) que P. nishidana est l’agent dominant sur F. carica dans plusieurs régions auparavant attribuées à C. fici.

[ÉTABLI] Distribution mondiale du syndrome rouille du figuier (CABI, EPPO) — toutes espèces confondues : Afrique 18 pays · Asie 14 · Amériques 10 · Europe 8 · Océanie 7, soit la quasi-totalité des aires de production figuière.

Symptômes

Sur feuilles

[ÉTABLI] Symptomatologie pathognomonique :

  • Face inférieure : petites pustules circulaires de 1-2 mm de diamètre, orangées à brun-rouille (urédinies) ; regroupées en groupes
  • Face supérieure : taches jaune-vert correspondantes, virant au brun en lésions âgées
  • Sur infections sévères : coalescence des lésions, jaunissement général

Sur l’arbre

[ÉTABLI] - Défoliation prématurée : feuilles tombant dès août en attaque sévère

  • Affaiblissement de l’arbre, photosynthèse réduite
  • Impact direct sur le main crop (récolte principale) : maturation incomplète, calibre réduit
  • Pas de symptômes directs sur les fruits eux-mêmes (différent de l’anthracnose)
  • Arbre rarement tué, mais récidive année après année

Cycle biologique

[ÉTABLI] Cycle typique des Pucciniales basidiomycètes :

  1. Hivernage : téliospores sur débris foliaires au sol (forme de résistance)
  2. Sporulation printanière : production d’urédospores à partir de la fin de printemps
  3. Diffusion : urédospores dispersées par le vent sur longue distance et par les éclaboussures d’eau de pluie localement
  4. Germination sur feuilles humides : exige une mouillure prolongée
  5. Pénétration cuticulaire par appressoires, colonisation du mésophylle
  6. Sporulation sur urédinies face inférieure → cycle répété tous les 10-14 jours en été
  7. Téliospores (forme de résistance) produites en fin de saison sur les feuilles avant chute

[ÉTABLI] Conditions optimales :

  • Température : 20-25 °C (optimum vers 22 °C)
  • Humidité : mouillure prolongée des feuilles (au moins 6 heures continues)
  • Pluies estivales fréquentes : déclencheur principal des épidémies

Géographie et conditions de risque

[ÉTABLI] Climats à haut risque :

  • Méditerranée humide (sud Italie, Croatie, Albanie)
  • Sud-Est USA (Louisiane, Floride, Géorgie, Caroline)
  • Mexique tropical et subtropical
  • Australie côtière
  • Afrique du Sud (signalements actifs 2020-2025)
  • Nouvelle-Zélande
  • Asie tempérée humide (Corée, Japon)

[ÉTABLI] Régions à risque modéré : France méditerranéenne (été chaud + épisodes orageux), Espagne côtière, Maroc atlantique.

[ÉTABLI] Régions à risque faible : zones à étés secs sans précipitations estivales (intérieur Méditerranée, Californie centrale).

Variétés sensibles vs tolérantes

Sensibles

[ÉTABLI] Très susceptibles en climat humide :

  • Brown Turkey (toutes souches)
  • Mission / Black Mission
  • Kadota
  • Magnolia
  • La plupart des cultivars commerciaux non sélectionnés pour la résistance

Tolérantes — programme LSU

[ÉTABLI] Le programme de sélection LSU (Louisiana State University, dirigé par Dr. Ed O’Rourke puis Dr. Charles Johnson de 1950 aux années 2000) a explicitement sélectionné pour résistance à la rouille et tolérance pluie :

  • LSU Gold
  • LSU Purple
  • LSU Tiger (panaché)
  • Smith (l’une des plus résistantes documentées)
  • Champagne
  • O’Rourke

[PROBABLE] Ces variétés sont fortement recommandées en zones humides (Sud-Est USA, Mexique tropical, Caraïbes). La résistance n’est pas absolue — pression d’inoculum + cultivar tolérant donne meilleur résultat, mais pas une immunité.

[INCERTAIN] La base génétique de la résistance LSU n’a pas été cartographiée dans la littérature publique. Sélection empirique sur observation phénotypique.

Gestion

Prophylaxie

[ÉTABLI] - Ramassage et brûlage des feuilles tombées en automne : élimine l’inoculum hivernal de téliospores

  • Taille pour aération : favorise la circulation d’air, réduit la durée de mouillure des feuilles
  • Espacement de plantation ≥ 4 m entre arbres en climat humide : limite le pont d’humidité
  • Surface du sol propre : enherbement ras, éviter accumulation de débris végétaux

Traitements préventifs

[ÉTABLI] Options (vérifier réglementation locale) :

  • Bouillie bordelaise (cuivre) : applications au débourrement + post-récolte sur arbres défoliés — référence en agriculture biologique
  • Soufre mouillable : effet partiel, surtout préventif sur jeunes feuilles
  • Mancozèbe : efficace mais usage agronomique pro et restrictions UE
  • Azoxystrobine (strobilurine) : efficace, usage commercial uniquement, risque de résistance documenté pour de nombreuses rouilles
  • En France : pas de molécule spécifiquement homologuée pour figuier — usage mineur, autorisations en évolution

Choix variétal stratégique

[ÉTABLI] En zones humides : privilégier le programme LSU (Smith, LSU Gold, LSU Purple, LSU Tiger). C’est l’unique levier durable et économique en zones à forte pression rouille.

[ÉTABLI] Pour les régions sèches méditerranéennes (France, Espagne intérieure), la pression rouille étant modérée, le choix variétal peut suivre d’autres critères (goût, calibre, type San Pedro / commune…).

Diagnostic différentiel

[ÉTABLI] Distinguer la rouille des autres maladies foliaires :

  • Vs anthracnose (Anthracnose) : anthracnose donne des taches plus larges, brun foncé, sans pustules orangées caractéristiques en face inférieure
  • Vs Cercospora : taches plus petites, gris-brun à halo défini, sans urédospores
  • Vs carences nutritionnelles : décolorations sans pustules

[ÉTABLI] Test rapide : tapoter le revers d’une feuille jaunie sur une feuille de papier blanc. Si poudre orangée à brun-rouille → rouille confirmée.

Voir aussi

Sources

Publications scientifiques peer-reviewed

  1. Solano-Báez, A.R., et al. (2017). First confirmed report of Cerotelium fici causing leaf rust on Ficus carica in Mexico. Plant Pathology & Quarantine, 7(2). DOI : 10.5943/ppq/7/2/9 — caractérisation morphologique + rDNA LSU.

  2. Kim, S.H., et al. (2025). First Report of Fig Leaf Rust Caused by Cerotelium fici in South Korea. Journal of Phytopathology. DOI : 10.1111/jph.70070 — signalement coréen récent.

  3. Aime, M.C., et al. (2022). Fig rust caused by Phakopsora nishidana in South Africa. Phytopathologia Mediterranea, 61(2). DOI : 10.36253/phyto-13034 — révision taxonomique majeure : P. nishidana identifiée comme agent dominant.

  4. Roux, J., et al. (2024). First Report of Rust Caused by Phakopsora nishidana on Creeping Fig (Ficus pumila) in South Africa. Plant Disease. DOI : 10.1094/PDIS-12-23-2794-PDN — extension d’hôte.

  5. Roux, J., et al. (2025). First Report of Rust Caused by Phakopsora nishidana on Ficus natalensis in South Africa. Plant Disease. DOI : 10.1094/PDIS-07-25-1388-PDN — autre extension d’hôte 2025.

Sources institutionnelles et secondaires

  1. CABI CompendiumCerotelium fici et Phakopsora nishidana : références taxonomiques et distribution.

  2. UC ANR (University of California Agriculture and Natural Resources) — Fig Pest Management Guidelines, rust section.

  3. Louisiana State University AgCenter — documentation du programme de sélection LSU (Smith, LSU Gold, LSU Purple, LSU Tiger).

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