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Pourriture molle bactérienne du figuier (Pectobacterium aroidearum)

Fiabilité : moyenne

Pourriture molle bactérienne du figuier — Pectobacterium aroidearum

En bref. En juillet 2021, une pourriture molle des rameaux de figuier a été observée à Yeongam, en Corée du Sud, et attribuée à Pectobacterium aroidearum, une bactérie pectinolytique jusque-là connue surtout sur plantes monocotylédones. L’identification est solide (multilocus + postulats de Koch vérifiés), mais elle repose sur un foyer unique, une souche unique, une équipe unique. Aucune donnée d’épidémiologie ni de gestion sur figuier.

[ÉTABLI] Cette fiche documente un signalement isolé, pas une maladie établie du figuier. C’est une distinction que Figgipedia tient à afficher plutôt qu’à lisser : un first report publié dans une revue à comité de lecture est une observation fiable, mais une observation n’est pas une épidémiologie. Tant qu’un second foyer n’aura pas été décrit ailleurs, on ne sait ni si la maladie est fréquente, ni si elle est susceptible d’apparaître dans le bassin méditerranéen, ni quels leviers de gestion sont efficaces sur figuier. La fiche est donc classée niveau 2 — source primaire unique, non recoupée — là où les autres fiches maladies du site sont au niveau 1.

1. Le contexte — le figuier est peu concerné par les bactérioses

[ÉTABLI] Très peu de maladies bactériennes sont documentées sur Ficus, et encore moins sur le figuier comestible. La littérature n’en retient guère que quatre : la galle du collet (Agrobacterium tumefaciens), la tache foliaire à Pseudomonas (Pseudomonas cichorii), la tache foliaire à Xanthomonas (Xanthomonas campestris pv. fici), et des galles à Agrobacterium larrymoorei sur figuier pleureur ornemental. Sur ce fond clairsemé, l’arrivée d’un cinquième agent mérite d’être notée — c’est précisément la raison d’être de cette fiche.

[ÉTABLI] La pourriture molle bactérienne, elle, est au contraire l’une des maladies les plus répandues des agrosystèmes. Elle est causée par les Pectobacteriaceae pectinolytiques, groupe qui rassemble deux genres, Pectobacterium et Dickeya. Ces bactéries produisent des enzymes qui dégradent la pectine de la lamelle moyenne, ce qui fait littéralement se déliter les tissus : d’où l’aspect macéré, mou et suintant qui donne son nom à la maladie. Elles frappent d’ordinaire les organes de réserve — tubercules, rhizomes, bulbes — et les organes charnus, tiges succulentes ou légumes-feuilles denses comme la laitue. Un rameau ligneux de figuier n’est donc pas un substrat attendu.

2. L’agent — Pectobacterium aroidearum, une bactérie de monocotylédones qui déborde

[ÉTABLI] Pectobacterium aroidearum a été décrite comme espèce nouvelle par Nabhan et al. en 2013 (International Journal of Systematic and Evolutionary Microbiology 63:2520-2525), à partir de souches pectinolytiques auparavant rangées dans P. carotovorum. La souche type est SCRI 109ᵀ. Le sous-titre de la publication princeps annonce la couleur : « a soft rot pathogen with preference for monocotyledonous plants » — une bactérie qui préfère les monocotylédones, aracées en particulier, d’où l’épithète aroidearum.

[ÉTABLI] Cette préférence n’est pas une exclusivité, et les années suivantes l’ont montré. P. aroidearum a été signalée sur alocasia, konjac (Amorphophallus konjac), syngonium, chou chinois et courge, et des first reports l’ont trouvée sur des dicotylédones franches — poivron et Cucurbita pepo au Brésil, pêcher en Chine. Le signalement sur figuier s’inscrit donc dans une tendance déjà visible d’élargissement de la gamme d’hôtes vers les dicotylédones ligneuses. C’est le point qui rend l’observation coréenne intéressante plutôt qu’anecdotique.

3. Le signalement coréen de 2021

[ÉTABLI] En juillet 2021, des symptômes de pourriture molle ont été observés sur les rameaux de figuiers à Yeongam, province du Jeollanam-do, en Corée du Sud — une région de production : le pays a récolté environ 3 460 tonnes de figues en 2020.

[ÉTABLI] Le protocole d’isolement et d’identification est celui d’un signalement bien conduit :

  • Isolement — fragments de tissu infecté immergés 20 min en solution saline à 0,8 % de NaCl, étalement sur gélose nutritive, incubation 48 à 72 h à 30 °C. Colonies circulaires blanc-gris ; une souche purifiée par repiquages successifs, désignée KNUB-08-21.
  • Postulats de Koch — rameaux stérilisés en surface, percés en leur centre et remplis de 100 µl d’une suspension à 10⁹ cellules/ml ; incubation à 25 °C et 80 % d’humidité relative. Symptômes identiques à ceux du terrain en trois jours, témoin à l’eau distillée resté sain. L’inoculation a été répétée sur fruits, également réceptifs.
  • Identification moléculaire — le gène de l’ARNr 16S (1 351 pb, GenBank LC779908) ne suffit pas à trancher : 99,56 % de similarité aussi bien avec P. aroidearum CEP2 qu’avec P. carotovorum HG-49. L’identification repose donc sur une analyse multilocus de trois gènes de ménage — dnaX (480 pb, LC779905), leuS (530 pb, LC779906) et recA (609 pb, LC779907) —, dont les séquences concaténées placent KNUB-08-21 dans un clade monophylétique bien soutenu avec quatre souches de référence de P. aroidearum de la collection CFBP.
  • Confirmation biochimique — profil d’utilisation des sources de carbone par galerie API ID 32 GN, cohérent avec la souche type.

[ÉTABLI] La leçon méthodologique dépasse le cas particulier : sur Pectobacterium, le 16S seul ne discrimine pas les espèces. Un diagnostic de pourriture molle qui s’arrêterait au 16S — ou pire, à la symptomatologie — n’aurait aucune valeur d’identification spécifique. C’est le même constat que pour le complexe canker, où la morphologie ne suffit plus depuis longtemps.

[INCERTAIN] Une discordance interne mérite d’être signalée dans la publication : le texte affirme que KNUB-08-21 se distingue de la souche type par son incapacité à métaboliser le D-glucose et l’acide lactique, mais le tableau publié donne l’inverse pour le D-glucose (positif chez KNUB-08-21, négatif chez SCRI 109ᵀ). Sur l’acide lactique, texte et tableau concordent. Les auteurs rattachent ces écarts à la variabilité intraspécifique, ce qui est plausible ; l’identification ne repose de toute façon pas sur ces caractères mais sur la phylogénie multilocus.

4. Symptômes rapportés

[ÉTABLI] Sur figuier, les symptômes décrits sont ceux d’une pourriture molle classique, sur rameaux au champ : ramollissement et macération des tissus. L’inoculation artificielle a reproduit ces symptômes sur rameaux et démontré la réceptivité des fruits.

[INCERTAIN] Aucune description détaillée n’est disponible sur l’odeur, la couleur d’évolution, l’extension annuelle des lésions, ni sur l’évolution de l’arbre atteint au-delà de l’observation ponctuelle. Rien non plus sur la porte d’entrée au champ — blessure de taille, dégât d’insecte, fissure de croissance : le point n’a pas été étudié.

5. Diagnostic différentiel

[ÉTABLI] Sur figuier, une lésion molle et suintante d’un rameau évoque d’abord d’autres causes, beaucoup plus fréquentes :

PisteCe qui oriente vers elle
Complexe canker fongiqueChancre sec et délimité, écoulement gommeux, décoloration du bois en coupe ; progression sur des semaines à des mois
Chancre à Ceratocystis ficicolaFlétrissement rapide, coloration du bois, contexte japonais/asiatique
Souring — pourriture acideAffecte le fruit et non le rameau ; odeur fermentaire, écoulement, vecteurs (drosophiles, Silba)
Pourriture molle à PectobacteriumMacération molle et humide du rameau, sans structure fongique, progression en quelques jours

[ÉTABLI] Aucun de ces critères macroscopiques ne suffit. Le diagnostic de pourriture molle bactérienne demande l’isolement sur milieu de culture puis une identification moléculaire multilocus.

6. Gestion — ce que l’on ne sait pas

[INCERTAIN] Aucune donnée de gestion n’existe pour cette maladie sur figuier. Il serait facile de transposer les recommandations générales des pourritures molles — limiter les blessures, éviter l’excès d’eau et l’humidité stagnante, désinfecter les outils de taille, éliminer les organes atteints —, et ces mesures sont probablement sensées. Mais elles n’ont pas été évaluées sur figuier contre cet agent, et les présenter comme un protocole serait leur donner une autorité qu’elles n’ont pas. Un seul point est solidement établi par le test de pathogénicité : la bactérie a besoin d’une effraction des tissus pour s’installer — l’inoculation s’est faite dans un rameau percé.

[PROBABLE] Les conditions expérimentales retenues par les auteurs — 25 à 30 °C et 80 % d’humidité relative — correspondent à l’optimum connu des pourritures molles bactériennes et à l’été subtropical humide de la Corée du Sud. Un climat méditerranéen sec en été y est a priori nettement moins favorable, ce qui pourrait expliquer l’absence de signalement européen. Ce n’est qu’une inférence : personne n’a cherché.

7. Perspectives

[ÉTABLI] Ce qui manque pour faire de ce signalement une maladie caractérisée : un second foyer, indépendant, idéalement sous un autre climat ; une enquête de prévalence dans les vergers coréens ; l’identification de la porte d’entrée au champ et d’un éventuel vecteur ; et une évaluation des mesures prophylactiques. Les séquences étant déposées en accès public (GenBank LC779905 à LC779908), toute équipe qui rencontrerait des symptômes comparables dispose du matériel de comparaison nécessaire.

Voir aussi

Sources

Publications scientifiques peer-reviewed (avec DOI)

  1. Park, K.-T., Ten, L.N., Hong, S.-M., Nam, S.-W., Back, C.-G., Lee, S.-Y., & Jung, H.-Y. (2024). First Report of Pectobacterium aroidearum Causing Soft Rot on Ficus carica in Korea. Research in Plant Disease, 30(1), 88-94. DOI : 10.5423/RPD.2024.30.1.88source unique de cette fiche pour tout ce qui concerne le figuier ; open access CC BY-NC.

  2. Nabhan, S., De Boer, S.H., Maiss, E., & Wydra, K. (2013). Pectobacterium aroidearum sp. nov., a soft rot pathogen with preference for monocotyledonous plants. International Journal of Systematic and Evolutionary Microbiology, 63(Pt 7), 2520-2525. DOI : 10.1099/ijs.0.046011-0 — description princeps de l’espèce, souche type SCRI 109ᵀ.

  3. Portier, P., Pédron, J., Taghouti, G., et al. (2020). Elevation of Pectobacterium carotovorum subsp. odoriferum to species level as Pectobacterium odoriferum sp. nov. — origine des amorces multilocus dnaX/leuS/recA utilisées pour l’identification, et référentiel des souches CFBP.

  4. Adeolu, M., Alnajar, S., Naushad, S., & Gupta, R.S. (2016). Genome-based phylogeny and taxonomy of the ‘Enterobacteriales’ — établissement de la famille des Pectobacteriaceae (genres Pectobacterium et Dickeya).

Séquences déposées

  • ARNr 16S de la souche KNUB-08-21 : GenBank LC779908
  • dnaX : LC779905 · leuS : LC779906 · recA : LC779907
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