Ce qui change sur Figgipedia
Fiches créées, niveaux de preuve révisés, erreurs corrigées
Une encyclopédie qui affiche la force de ses preuves doit aussi afficher le moment où ces preuves changent. Ce journal recense les révisions qui comptent pour le lecteur — pas la mécanique interne du site. Le corpus est relu chaque mois à la lumière de la littérature nouvellement parue ; un mois sans révision notable est un mois sans entrée.
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Cinq figues ibériques remontent au niveau 1 : une règle juste, appliquée à la mauvaise source
Le 7 juin, cinq variétés ibériques sont descendues du niveau 1 au niveau 2. Le motif tenait en une phrase : être nommée dans une étude de marqueurs microsatellites ne prouve rien, car sans code d’accession on ne peut pas savoir quel arbre a été analysé. Deux figues portant le même nom dans deux collections peuvent être deux cultivars différents — c’est le piège le plus banal du figuier. La règle est bonne et elle reste en vigueur.
Elle a simplement été appliquée en regardant la mauvaise étude. Le raisonnement s’appuyait sur une caractérisation catalane où le champ « code d’accession » porte littéralement la mention non spécifié. Or l’ancrage génétique de ces cinq fiches ne vient pas de là. Il vient de Balas et collaborateurs, 2014, qui décrit la constitution d’une collection de référence à la banque de germplasme du centre La Orden, à Badajoz. Chaque variété y porte un numéro : BG002 pour De Rey, BG050 pour Picholetera, BG134 pour Bordissot Rossa, BG209 pour Bordissot Verda, BG036 pour Napolitana Negra. Chacune a été génotypée sur les neuf locus microsatellites de Giraldo, et la matrice des allèles est déposée en accès libre sur Dryad. N’importe qui peut aller vérifier le profil. La condition posée par la règle est donc remplie.
Trois d’entre elles — De Rey, Picholetera, Napolitana Negra — sont en outre reséquencées dans le jeu de génomes complets publié cette année par Castellacci et collaborateurs, avec leur propre échantillon déposé au NCBI. Les deux Bordissot en sont absentes : leur preuve repose sur le seul jeu de Balas, ce qui suffit pour le niveau 1 mais reste une base unique, et la fiche le dit.
Aucune des cinq ne monte au niveau 0, faute de monographie ancienne les décrivant. Le cas de la Napolitana Negra est le plus instructif : deux réserves pesaient sur elle, et une seule tombe. Malgré son nom, ce n’est pas une figue napolitaine — c’est un cultivar espagnol répandu, et aucune monographie canonique ne la décrit ; c’est pourquoi son niveau plafonne à 1. Sa fiche a par ailleurs été reclassée de l’Italie vers l’Espagne.
Cette correction laisse une leçon d’outillage. L’index de preuves interrogé en juin ne couvre qu’une collection américaine de 188 accessions ; il rendait pour ces noms un verdict de simple présence, faute de mieux. Ce verdict signifiait « je ne trouve pas d’accession », et il a été lu « il n’en existe pas ». La collection espagnole lui est invisible. Toute révision future s’appuyant sur cet index devra vérifier les sources directement avant de conclure à une absence.
Les motifs d’arbitrage des cinq fiches n’ont pas été effacés : ils ont été réécrits pour raconter la correction, décision de juin comprise. Une encyclopédie qui se corrige doit laisser voir par où elle est passée.
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Deux agents pathogènes de plus, et une fiche qui assume de n'être qu'un signalement
Ce qu’on appelle « le chancre du figuier » n’est pas une maladie mais un syndrome : des chancres, des écoulements gommeux, des rameaux qui meurent, et derrière ces symptômes une liste d’espèces fongiques qui s’allonge à chaque prospection sérieuse. La fiche passait en revue neuf espèces réparties dans trois familles. Elle en compte désormais dix, et une quatrième famille entre dans le tableau.
Stilbocrea banihashemiana est une espèce décrite en 2022 à partir d’une prospection des vergers de la province du Fars, en Iran, où les chancres de tige constituent la maladie la plus grave du figuier et du néflier du Japon. Elle appartient aux Bionectriaceae — ni Botryosphaeriaceae, ni Nectriaceae, ni Diaporthaceae. Sa position a été établie par phylogénie sur trois marqueurs, et sa pathogénicité vérifiée sur les deux hôtes. La leçon est la même que celle des Neocosmospora décrites la même année : le nom « Botryosphaeria » colle mal à un ensemble qui déborde largement de cette famille, et une identification faite à l’œil sur des symptômes de chancre n’a aucune valeur d’agent causal.
La révision a aussi corrigé une source erronée dans la fiche : la référence aux deux Neocosmospora iraniennes créditait de mauvais auteurs et un mauvais numéro d’article. C’est réparé et consigné dans l’historique de la fiche.
La seconde nouveauté est d’une nature différente, et c’est ce qui la rend intéressante. En juillet 2021, à Yeongam, en Corée du Sud, une pourriture molle des rameaux de figuier a été attribuée à Pectobacterium aroidearum, une bactérie pectinolytique connue jusque-là surtout sur monocotylédones. Le travail est propre : identification multilocus, postulats de Koch vérifiés, souche déposée. Mais il repose sur un foyer, une souche, une équipe. Aucune donnée d’épidémiologie, aucune donnée de gestion sur figuier, aucun signalement ailleurs depuis.
Une encyclopédie a deux façons de traiter ce cas. Elle peut l’ignorer jusqu’à confirmation — et laisser sans réponse celui qui cherchera ce nom. Ou elle peut publier la fiche en habillant le vide de conseils génériques recopiés d’autres pathosystèmes, ce qui donnerait l’illusion d’une maladie documentée. Nous avons pris une troisième voie : la fiche existe, elle porte le niveau 2 — le seul de toutes les fiches maladies — et sa première phrase dit qu’elle documente un signalement isolé et non une maladie établie du figuier. La section « gestion » commence par admettre qu’il n’y a rien à recommander de spécifique.
Le niveau de preuve n’est pas une note de qualité. Il dit au lecteur combien de poids il peut mettre sur ce qu’il lit, et cela vaut aussi pour les maladies.
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Figgipedia ouvre son journal éditorial
Figgipedia n’est pas un ouvrage figé. Les fiches changent : une variété classée au niveau 2 monte au niveau 1 le jour où une étude de marqueurs microsatellites confirme son identité ; une attribution d’agent pathogène recopiée de proche en proche depuis des décennies se révèle fausse ; deux noms qu’on croyait distincts désignent le même arbre.
Jusqu’ici, ces révisions se faisaient en silence. Un lecteur revenu six mois plus tard ne pouvait pas savoir ce qui avait bougé, ni pourquoi. C’est un défaut, et il est contradictoire avec la doctrine du site : afficher la force de chaque preuve n’a de sens que si l’on affiche aussi le moment où cette preuve change.
Ce journal recense donc, à partir d’aujourd’hui, les changements qui comptent pour le lecteur — une fiche créée ou refondue, un niveau de preuve révisé, une erreur corrigée, une source canonique entrée au corpus. Il ne recense pas la mécanique interne : les mises à jour techniques, les passages de collecte bibliographique et les correctifs d’outillage n’y figurent pas, sauf s’ils modifient ce qui est publié.
Le corpus est relu chaque mois à la lumière de la littérature nouvellement parue. Les entrées suivront ce rythme, sans le forcer : un mois sans révision notable est un mois sans entrée.
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Cinq fiches pour démêler les noms de figues qui se ressemblent
Le figuier souffre d’un désordre nomenclatural rare : quelques milliers d’appellations circulent pour un nombre de cultivars réellement distincts bien inférieur. Un même nom voyage d’une région à l’autre en changeant d’arbre, et deux pépiniéristes vendent sous une même étiquette des variétés que rien ne rapproche.
Cinq fiches ouvrent une catégorie consacrée à ces pièges. « Blanquette » recouvre selon le vendeur la Lattarula italienne ou la Marseillaise provençale, alors qu’il existe par ailleurs une variété Blanquette distincte. « Dalmatie », « Précoce de Dalmatie » et « Dalmatian » désignent trois choses différentes, la dernière étant souvent une Brunswick vendue sous un faux nom. La Marseillaise circule sous huit appellations, dont le surnom « Couille du Pape » — lequel s’applique aussi, en Italie, au Pissaluto.
La cinquième fiche traite d’une confusion d’un autre ordre, mais qui coûte des récoltes : la croyance qu’il faudrait un figuier mâle pour obtenir des fruits. En France, la quasi-totalité des variétés cultivées sont parthénocarpiques et n’ont besoin d’aucun pollinisateur.
Chaque fiche donne les critères d’identification et renvoie aux sources qui permettent de trancher.
Comment lire ce journal
Une entrée signale un changement visible : si vous ne pouvez pas cliquer pour voir ce qui a bougé, ce n'est pas une entrée de journal. Les mises à jour techniques, les campagnes de collecte bibliographique et les correctifs d'outillage n'y figurent pas.
Les entrées Correction méritent une attention particulière : elles signalent qu'une affirmation publiée ici était fausse. Les laisser visibles plutôt que les effacer discrètement fait partie de la méthode du site.